Récifs coralliens de la mer Rouge



Les coraux, méduses et anémones sont des cnidaires. Ils furent longtemps considérés comme des végétaux ou des zoophytes, soit des intermédiaires entre les plantes et les animaux. En 1725, le chirurgien français Peyssonel prouva la nature animale du corail rouge de Méditerranée, et plus généralement des cnidaires. Ce fut seulement en 1742 que la validité de sa thèse fut reconnue, grâce à l’appui du botaniste Jussieu. La structure fondamentale de tous ces êtres vivants est le polype, sorte de poche en tissu mou surmontée d’une bouche, elle-même entourée de tentacules urticants. Hormis quelques exceptions, les polypes ne se déploient qu’à l’occasion des échanges avec le monde extérieur. Les coraux durs, appelés aussi madrépores ou scléractinaires, ont un squelette calcaire. Il est élaboré grâce au dioxyde de carbone dissous dans l’eau. Les madrépores parviennent, en association avec des éponges, algues, vers et mollusques, à créer d’énormes récifs. Malgré une croissance lente, de l’ordre d’un centimètre par an, ces massifs modifient le relief de notre planète. De très nombreuses mers abritent en leur sein des madrépores, mais ils ne prospèrent que sous une latitude tropicale, située entre 32° nord et 30° sud, ainsi que sur les bordures orientales des continents car la température de l’eau, épargnée par les grands courants froids, atteint régulièrement plus de 20 °C, même à plusieurs dizaines de mètres sous la surface. D’autre part, des eaux trop peu salées et rendues turbides par les rejets des fleuves ne peuvent convenir aux polypes, aussi la côte atlantique de l’Amérique du Sud, depuis la Guyane jusqu’à la pointe du Brésil, n’est-elle pas prolongée par de grands massifs coralliens.
Selon la théorie émise par Darwin en 1842, les récifs se développent soit en entourant une île volcanique en voie de submersion (atoll), soit en formant une barrière au large d’une côte, soit enfin en doublant le littoral (récif frangeant). Ce dernier modèle, typique de la mer Rouge, est le plus répandu dans le monde. La côte du golfe d’Aqaba est ourlée d’une paroi corallienne que précède un platier étroit et peu profond. On dénombre à Nabq, sur la côte orientale du Sinaï, 120 coraux durs et 110 coraux mous. Cette diversité, remarquable, équivaut à celle des régions centrales de la mer Rouge. En revanche, les formations coralliennes sont beaucoup plus sporadiques dans le golfe de Suez. La faible profondeur, 80 mètres maximum, engendre de grands écarts thermiques journaliers et annuels. Elle favorise aussi la circulation du sable. À ces difficultés naturelles d’existence s’ajoute désormais la pollution due aux plates-formes pétrolières et à l’intense trafic via le canal de Suez.

Par Arnaud Chicurel & Laurence Lagny
Texte extrait du livre : Sinaï, Visions de plongeurs en mer Rouge
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