
Jury du festival « Écrire la nature », le 20 septembre 2026:
« Le jury récompense la gageure de tenir en haleine le lecteur sur plus de 800 pages, le long du Continental Divide Trail (CDT). La description des paysages époustouflants de cette traversée du Nouveau-Mexique au Canada, du sud au nord des États-Unis sur la ligne de crête des montagnes Rocheuses, est non pas juxtaposée mais enchâssée avec la rencontre de la faune, de l’humain et même habilement mâtinée de salves voire de développements métaphysiques démontrant la grande sensibilité de l’autrice et un humanisme qui se dégage de chaque page. Tout au long de ces 5 000 kiklomètres, accompagnée de son conjoint Fred, Pauline Quierzy se révèle tout à la fois traileuse, vétérinaire, écrivaine, naturaliste et philosophe. Ce premier ouvrage en forme d’opus magnum est à n’en pas douter un événement éditorial des rentrées littéraires du nature writing francophone de ces dernières années. »
Apolonia M.-E., Sept, le 15 août 2026 :
« Vétérinaire de profession, Pauline Quierzy s’est élancée en 2019 sur le mythique Continental Divide Trail avec son compagnon Frédéric Herbain. Une longue traversée des États-Unis, parcourue au rythme des corps, des rencontres et des paysages. De cette immersion est né Il était une fois l’Ouest sauvage, publié aux éditions Transboréal : un récit de voyage ample, physique et contemplatif, quelque part entre le carnet naturaliste, l’aventure au long cours et la méditation sur notre rapport au vivant.
En ouvrant ce monument de plus de 800 pages, j’ai ressenti à la fois l’excitation de la lectrice néophyte et une certaine appréhension. Je ne crains pas les pavés, au contraire. Je me méfie plutôt des brochés décharnés : leur concision me promet soit une claque monumentale dont je me remettrais difficilement (L’Étranger de Camus), soit une déception amère, l’impression d’avoir été roulée par la nouveauté littéraire du moment.
Avec un gros livre, le pari est simplement plus risqué. Soit on entre dans son univers et l’on accepte d’y demeurer plusieurs semaines. Soit on s’y retrouve enfermé, condamné à avancer jusqu’à la dernière page par loyauté, orgueil ou simple refus d’abandonner en chemin.
Reste que les récits au long cours possèdent une qualité que les livres au régime n’auront jamais : ils offrent du temps et de l’espace. Je peux y poser mes bagages, m’acclimater à une voix, apprendre à reconnaître des paysages, des visages et des silences. Cette lenteur n’est pas un défaut du livre de Pauline Quierzy. Elle en constitue peut-être le sujet principal.
Le choix de partir à pied, plutôt qu’en avion, en train ou même à vélo, n’a rien d’anodin. Connaître le monde par les pieds, l’intégrer par les sens. Pauline Quierzy est une femme au tempérament intrépide, et sa plus grande rébellion, à mes yeux, reste cette scandaleuse dilatation des heures au pays du Time is money. Les États-Unis, cette terre pétrie de contradictions.
Si, à Wall Street, on court comme un damné jusqu’au bureau, croyant dur comme fer à son émancipation par le travail et l’accumulation de capital, avec pour devise The sky is the limit, Pauline Quierzy, elle, se montre plus que sceptique, ironique même, face à cette caricature du self-made man à l’américaine. “Le stade ultime de la domestication : un cul vissé sur une chaise devant un écran”, me confie-t-elle avec esprit lors d’un échange autour de son livre.
La traversée du pays devait se faire à pied. Une évidence pour cette nomade qui s’identifie volontiers au mustang, son animal totem : une bête qui dérange, écrit-elle, parce qu’elle prend de la place sans rien “rapporter”.
Dans une langue vivante et poétique, Pauline Quierzy rend hommage au grand Ouest états-unien, enclave sauvage miraculeusement préservée dans le pays du capitalisme et de l’utilitarisme béton. Un ouvrage à portée militante, qui ne verse jamais dans les rengaines des écolos à pancartes. Pas de moralisation. Juste des sensations et des images. Écouter la nature. Et rendre à l’Amérique sa grandeur, non pas en effaçant l’homme, mais en faisant de lui un élément à part entière de cet écosystème. De toute façon? la nature aura toujours le dernier mot, si l’on en croit l’expérience de notre aventurière. »
