
Seconde partie ~ Naples :
« Je sortis de l’église et repris ma route vers le village de Kebbede. Il faisait à présent une chaleur accablante, et des gouttes de sueur perlaient sur le bout de mon nez, puis s’écrasaient sur le sol poussiéreux. Je marchai des heures, faisant fréquemment halte dans un coin de maquis, trouvant toujours une pierre pour poser ma tête et me laisser envahir par le silence. Je fus surpris de croiser quelques hommes à dos de mulet. Ici, la terre était dure, nue, inféconde, violente? Qu’est-ce que les habitants pouvaient espérer de ces amas de pierres sur quoi un soleil écrasant s’abattait dès l’aube
Hormis les stridulations des insectes ou le vacarme soudain d’un envol de merles métalliques, il n’y avait pas le moindre bruit. Comme toujours, je constatais que je ne parvenais pas à être à un seul endroit à la fois et mes pensées ne cessaient de me ramener au couvent de la rue Marie-Rose dans la cellule du vieil Adam. Je me rendais compte que, à l’instar d’Helena, il ne m’avait strictement rien dit de sa propre guerre. Était-il parti au front ? Avait-il abattu, d’un poste de DCA, un avion allemand ? Était-il toujours resté en contact avec Arturo au fil du conflit ? Avaient-ils joué dans un orchestre pendant l’Occupation ? Rien. Il ne m’avait rien dit de tout cela, comme s’il fallait tout effacer de cette période décidément trop sinistre. De toutes celles et ceux que j’interrogeais depuis des décennies, je ne recueillais que des bribes, des morceaux de vérité qui m’étaient sévèrement mesurés, quand ce n’étaient pas purement et simplement des mensonges. »
Première partie ~ Abyssinie (p. 89-90)
Seconde partie ~ Naples (p. 159-160)
Extrait court
« Je sortis de l’église et repris ma route vers le village de Kebbede. Il faisait à présent une chaleur accablante, et des gouttes de sueur perlaient sur le bout de mon nez, puis s’écrasaient sur le sol poussiéreux. Je marchai des heures, faisant fréquemment halte dans un coin de maquis, trouvant toujours une pierre pour poser ma tête et me laisser envahir par le silence. Je fus surpris de croiser quelques hommes à dos de mulet. Ici, la terre était dure, nue, inféconde, violente? Qu’est-ce que les habitants pouvaient espérer de ces amas de pierres sur quoi un soleil écrasant s’abattait dès l’aube
Hormis les stridulations des insectes ou le vacarme soudain d’un envol de merles métalliques, il n’y avait pas le moindre bruit. Comme toujours, je constatais que je ne parvenais pas à être à un seul endroit à la fois et mes pensées ne cessaient de me ramener au couvent de la rue Marie-Rose dans la cellule du vieil Adam. Je me rendais compte que, à l’instar d’Helena, il ne m’avait strictement rien dit de sa propre guerre. Était-il parti au front ? Avait-il abattu, d’un poste de DCA, un avion allemand ? Était-il toujours resté en contact avec Arturo au fil du conflit ? Avaient-ils joué dans un orchestre pendant l’Occupation ? Rien. Il ne m’avait rien dit de tout cela, comme s’il fallait tout effacer de cette période décidément trop sinistre. De toutes celles et ceux que j’interrogeais depuis des décennies, je ne recueillais que des bribes, des morceaux de vérité qui m’étaient sévèrement mesurés, quand ce n’étaient pas purement et simplement des mensonges. »
(p. 243-244)
Première partie ~ Abyssinie (p. 89-90)
Seconde partie ~ Naples (p. 159-160)
Extrait court
