
Les Caprices de l’orthographe, Petite psychanalyse d’une obsession française
François Garde
Marqueur social impitoyable, l’orthographe fait partie de l’identité française. Quoique sa fonction première soit d’aider à la transcription d’un texte, ses règles complexes et ses étrangetés semblent paradoxalement rendre l’accès à la lecture difficile – au point que certains doutent de son utilité. Si des langues comme l’allemand semblent davantage enclines à concilier orthographe et phonétique, la subtilité de l’écriture française fait rarement école. Pourquoi alors, à l’âge adulte, accordons-nous une telle importance à soigner notre expression écrite ? Qu’est-ce qui nous pousse à faire la chasse aux fautes, chez nous et chez les autres ? Et comment l’orthographe infuse-t-elle dans nos vies et au cœur de notre culture ?
Une dictée proposée par l’écrivain François Garde lors d’une croisière en Antarctique est l’occasion de mettre en place une réflexion autour de l’orthographe et d’aborder notre relation à celle-ci. Les passagers participent à cet exercice organisé comme un jeu, prêts à braver ses pièges avec un engouement étonnant, conscients que l’orthographe française est exigeante. Leur enthousiasme traduit toutefois une réalité : l’intérêt profond envers celle-ci ainsi qu’une volonté de l’améliorer. La francophonie obéissant aux mêmes normes, on peine toutefois à identifier leur auteur.
Ou bien serait-ce une autrice ? Une auteure ? Les polémiques à propos de l’écriture dite « inclusive » montrent que l’orthographe est perçue par certains comme un exercice de soft power. Faut-il alors la réformer ? Si les exemples étrangers montrent la difficulté de tels bouleversements, les rendez-vous annuels donnés par Le Dictionnaire de l’Académie française, Le Petit Larousse & Co., pour dévoiler les derniers termes qui ont réussi à rejoindre leurs rangs, alimentent les débats. Ainsi, l’orthographe ne se contente pas de participer à la culture de la controverse sur un plan formel ; elle en est bien souvent le sujet. Entre anglicisme et francisation, les linguistes nous invitent à réfléchir aux frontières et limites de notre langue tout en explorant celles d’autrui : quels sont les enjeux à privilégier l’emploi d’un équivalent français plutôt que d’utiliser un terme étranger ?
Enfin, en plus de s’intéresser aux questions qu’elle soulève, ne faut-il pas aussi jouer avec l’orthographe, la transformer en une activité ludique et agréable ? Des mots croisés aux jeux télévisés, il s’agit de l’aborder, non pas comme un obstacle, mais comme un enrichissement du plaisir de la lecture. Si le « zéro faute » dans une dictée amoureusement composée est un objectif inatteignable, il doit rester l’horizon vers lequel tendre.
La langue française est un joyau, l’orthographe est son écrin.
