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Interview : Hervé Bellec
Le havre idéal
D’où vous vient cet intérêt pour la déambulation dans les cimetières ?
Difficile à dire ! Peut-être de l’enfance. Je viens d’une famille paysanne du centre de la Bretagne, profondément catholique, et les visites au cimetière étaient choses banales et cependant obligées. Bien que je sois devenu athée, je continue à respecter les rituels liés à la mort. La Toussaint, par exemple : les fleurs déposés sur les dalles de granit? Il est rare que je visite une ville ou un village sans passer faire un tour par le cimetière.
Diriez-vous que vos balades dans les cimetières ont un côté thérapeutique ?
Non, pas du tout. On peut y chercher une certaine sérénité parce que l’endroit est calme, souvent verdoyant, et mes pensées ne se tournent pas systématiquement vers la mort. S’il m’arrive de m’arrêter devant la tombe d’un proche, parent ou ami, c’est pour continuer à lui rendre hommage, non pour guérir mes peines. Je dirais même que j’y cultive avec délectation un caractère parfois mélancolique, sachant que la mélancolie n’est pas forcément synonyme de tristesse ou de douleur.
Un cimetière en particulier vous a-t-il marqué ?
Brompton Cemetery, à Londres dans le quartier de Chelsea, surnommé « the great garden of sleep », ouvert en 1840. Des tombes éparpillées au milieu d’une végétation restée presque sauvage, de vieux monuments de l’ère victorienne, des oiseaux et des écureuils qui sont comme chez eux? et des gens parcourant les allées dans tous les sens, mamans avec poussette, joggers en sueur, enfants se rendant à l’école, vieilles dames dégustant un thé entre copines à la cafétéria située dans l’enceinte? Bref, un endroit où les vivants et les morts, finalement, cohabitent sans problème.
Quel argument opposeriez-vous à ceux qui considèrent les cimetières comme des lieux sordides ?
Que le cimetière fait partie de la cité, au même titre que la mairie, la piscine, la médiathèque ou la place du marché. La mort est inhérente à la condition humaine, autant faire bon cœur contre mauvaise fortune puisque nous n’avons hélas guère le choix. Il est inutile de se fermer les yeux ! Sordide ? Non, pas du tout. Ni même macabre. Humain tout simplement.
Un auteur ou une œuvre fait-il la part belle à votre vision de la vie des cimetières ?
La Tombe du tisserand de Seumas O’Kelly (éditions Attila). J’ai un faible pour les cimetières irlandais, et ce roman, à la fois drôle et tragique, loufoque et métaphysique, me rappelle les haltes délicieuses dans des paysages magnifiques au cours de randonnées dans le Donegal ou le Connemara.
Questions préparées par Lilla Poublan
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