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Diversité et splendeur des récifs coralliens
par Arnaud Chicurel
le jeudi 14 décembre 2006 à 20 heures 30


Un chaos multicolore… un paysage féerique. Ainsi s’exclamait Henry de Monfreid en 1932 lorsqu’il distingua des récifs coralliens par-dessus la nappe liquide. Il n’aura manqué à l’auteur des Secrets de la mer Rouge que de naître une trentaine d’années plus tard pour, muni d’un scaphandre autonome, pouvoir s’immerger et contempler les gorgones à chevelure vipérine, les alcyonaires arborescents, les madrépores à circonvolutions et autres coraux digités, foliacés, réticulés. Dans cet univers baroque, des bancs de poissons fusent, enveloppent le plongeur, dressent des voûtes ou tendent des parois : l’homme devient l’observateur privilégié d’architectures éphémères. Les récifs coralliens, ou madréporiques, sont un palais des songes que l’on explore en apesanteur en dérivant au gré des courants et en modulant le volume d’air dans les poumons pour régler la force ascensionnelle.
Source d’inspiration pour les esthètes, opium des plongeurs, les récifs coralliens sont aussi un formidable champ d’investigation pour les scientifiques. Si certains d’entre eux étudient les variations du climat dans leurs fragments et si d’autres s’adonnent aux études comportementales, l’essentiel des travaux demeure encore la description et l’inventaire d’une multitude d’animaux. En mer Rouge, par exemple, plus de 250 variétés de coraux et 1 250 espèces de poissons ont déjà été recensées. Cette biodiversité n’a d’égale en effet que celle rencontrée en jungle. Cependant, le végétal ne domine guère sous la surface des mers tropicales, car il se réduit souvent à des algues courtes ou microscopiques. Le monde animal y règne sans partage : sa cheville ouvrière est une créature simple et minuscule : le corail. Constitué en colonies de polypes qu’entoure une couronne de tentacules, il réussit, en association avec d’autres organismes et en sécrétant du calcaire, à construire d’énormes structures. Les récifs coralliens sont même les seules créations animales visibles depuis la Lune.
Les formations madréporiques ne constituent pas un ensemble homogène. Elles se sont développées selon trois modèles différents, ainsi que l’exposait Darwin : le récif frangeant en prolongement de la côte est le type le plus répandu, le récif-barrière est isolé de la terre ferme par un vaste lagon et l’atoll est un anneau corallien qui entoure une île en voie de submersion. Le processus d’évolution a en outre isolé deux régions principales, l’Indo-Pacifique qui s’étend de la mer Rouge aux Hawaii et les Caraïbes où la diversité est moindre. Au sein de ces deux grandes régions d’implantation, seul l’œil averti parvient à distinguer une gorgone à la chevelure vipérine de mer Rouge, un barracuda à chevrons du golfe du Mexique ou un alcyonaire arborescent du Pacifique Sud.
Malgré une lente avancée, de l’ordre d’un centimètre par an, les récifs coralliens ont façonné le relief terrestre, mais le feront-ils longtemps encore ? Leur équilibre est en effet fragile. Les récents bouleversements climatiques et les assauts d’espèces invasives ont entraîné un phénomène de blanchiment des coraux. En outre, les prélèvements intensifs des ressources par l’homme ont aussi grandement contribué au recul général des récifs. Ils risquent donc, à plus ou moins court terme, de ne plus jouer le rôle d’oasis de vie au sein de déserts liquides.


Arnaud Chicurel est conférencier au musée du Louvre. Il est aussi photographe et moniteur de plongée. C’est en 1987 qu’il découvre toute l’exubérance des récifs coralliens à l’occasion d’un voyage en Égypte, au bord de la mer Rouge. Il n’a eu de cesse depuis lors de fréquenter les bibliothèques d’ichtyologie et, surtout, de multiplier les immersions dans les mers tropicales et les séjours de plusieurs mois par an en Égypte. C’est en effet là qu’il considère que les fonds marins sont les plus riches. Ses nombreux contacts sur place lui ont permis de suivre des missions scientifiques et d’organiser régulièrement des croisières de plongée. Arnaud Chicurel est aussi l’auteur de deux livres sur la mer Rouge et de plusieurs articles sur les récifs coralliens parus dans des magazines de plongée. Ses photos ont fait l’objet d’expositions et illustrent régulièrement des revues et brochures.



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de l’intervenant en rapport avec cette conférence :
Sinaï, Visions de plongeurs en mer Rouge


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