Jean-Pierre Valentin


Ténéré (Niger)
Année 2005
© Paul Lorsignol
Documentariste et conférencier spécialiste de l’Afrique subsaharienne.

Né à Remiremont en 1963, Jean-Pierre Valentin, inspiré par les ouvrages de Frison-Roche et de Saint Exupéry, éprouve très jeune le désir de voyager, dans les Balkans d’abord, puis en Algérie et jusqu’en Afrique noire. Dès l’âge de 20 ans, pour s’imprégner des ambiances sahariennes, il traverse à pied l’Afrique de l’Ouest, de Dakar jusqu’au lac Tchad. Ce voyage d’un an en zone sahélienne confirme son goût et son intérêt pour les modes de vie nomade. De 1986 à 1988, il retourne partager la vie quotidienne des éleveurs touaregs et peuls wodaabe, au Mali et au Niger. Il poursuit ces expériences fortes même aux pires moments de la rébellion des « hommes bleus ». D’autres reportages lui permettent de découvrir l’Andalousie espagnole, le Guizhou chinois et le Kurdistan turc.

L’intérêt de Jean-Pierre Valentin pour le monde berbère l’incite à sillonner les montagnes du Maroc, en particulier le Haut-Atlas central, avec les transhumants aït atta, les villageois bouguemmez et les semi-sédentaires aït hadiddou du plateau des Lacs. Dans tous ces espaces, il lie de fortes amitiés. C’est alors qu’il commence, selon l’expression chère à Jean Rouch, à « filmer avec » les populations rencontrées, réalisations audiovisuelles grâce auxquelles il intègre les réseaux de conférences tels Cap Monde, Exploration du monde ou Les Grands Explorateurs au Québec, et la distribution télévisuelle (Arte, France 5, Ushuaïa TV, Vosges TV, etc.).

Les années 2000 sont marquées par le départ de Jean-Pierre Valentin pour de nouvelles rencontres, sur les anciennes pistes chamelières. En Mauritanie, au Niger, au Maroc, il accompagne des caravaniers qui font le commerce des dattes et du sel du désert. Aux marges du monde, ces chameliers – qu’ils soient touaregs, toubous ou maures – participent depuis la nuit des temps au cycle des échanges. Sur l’axe Tombouctou-Essaouira, il arpente des pistes abandonnées où les prestigieuses cités d’Oualâta, de Chinguetti et d’Ouadane vibrent encore au souvenir des files camelines chargées d’or, de sel ou d’ivoire, dans les pas des pèlerins et des trafiquants d’esclaves.
En 2005, Jean-Pierre Valentin accompagne la taghlamt, la grande caravane qui, entre le massif de l’Aïr et l’erg de Bilma, affronte les sables du Ténéré, de la terre touarègue au pays toubou. Elle constitue le sujet de ses documentaires Sur la route des caravanes I et II. À l’automne 2009 et au printemps 2010, il séjourne longuement en terre peule et réalise le documentaire Niger, Dans les pas de Kabo Ana, autour des Wodaabe. À l’été 2012, il retourne au Niger, à Niamey puis à Agadez principalement, afin de réaliser un nouveau film à la rencontre du monde touareg contemporain, Touaregs, L’âme bleue du désert. Ce documentaire tourné au sud du Sahara et en Europe est une parole offerte aux artistes, artisans, responsables politiques, afin d’évoquer la situation complexe qui prévaut ces dernières années, en particulier au Mali. Un pas de côté pour dépasser la vie traditionnelle toujours en vigueur et proposer une tribune aux musiciens qui fréquentent les scènes du monde, aux maroquinières et bijoutiers talentueux qui travaillent pour la haute couture, aux cadres touaregs soucieux de l’avenir de leur monde nomade…

En 2013, Jean-Pierre Valentin revient au Maroc, au cœur du Haut-Atlas central, avec ses amis nomades ou villageois. Six semaines entre Marrakech et la haute montagne, pour reprendre contact avec les réalités du terrain, tout à la joie de retrouver des personnes chères, mais dans l’inquiétude face aux changements induits par les routes nouvelles, l’électricité ou le ciment. Toutefois, les estives et les terres isolées restent splendides, la gastronomie résiste et le savoir des éleveurs aït atta est intact. Le documentariste rentre finalement avec l’envie d’arpenter à nouveau ces sentes escarpées… Entre mai et août 2014, il sillonne à nouveau le Haut-Atlas, séjourne à Marrakech, côtoie les architectes Salima Naji et Quentin Wilbaux, afin de réaliser Maroc, Au cœur du Haut-Atlas, un documentaire à l’écoute des montagnards et des bergers, de ceux qui tentent de préserver le massif. En novembre 2014, son documentaire Tresser la paille (Anako Productions), tourné avec les éleveurs wodaabe du Niger est diffusé par France 5 puis, en mai 2015, par Ushuaïa TV.

2015 est une année dédiée à l’écriture : Jean-Pierre Valentin termine un recueil de nouvelles sur le Sahara pour les éditions Transboréal. Il réalise aussi Vosges, L’appel de la forêt, un film intimiste, nature, à la découverte des futaies, dans le voisinage d’artistes forestiers inspirés par la proximité des bois, à l’écoute de la petite musique de l’arbre, où intervient notamment l’autre Vosgien Rémi Caritey.

Jean-Pierre Valentin a fondé en 1994 Akassa ONG, qui émane d’ICRA International, Commission internationale pour les droits des peuples indigènes. Cette association, qu’il préside depuis lors, agit auprès des peuples oubliés pour appuyer des microprogrammes d’initiative locale, comme le forage traditionnel d’un puits en pays wodaabe, au Niger, ou une infirmerie ambulante dans le cercle de Ménaka, au Mali.


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