Interviews


Mont Ante au-dessus du village de Vrulje – île de Kornat (Croatie)
Année 2010
© Frédéric Gilbert

Frédéric Gilbert – L’appel de la pale
propos recueillis par Émeric Fisset

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Comment vous est venue votre passion pour le kayak ? Quel est votre rapport au kayak aujourd’hui ?
À l’occasion de colonies de vacances. Dès 1970, j’ai pu profiter des premiers bienfaits du plein air naissant. Premiers coups de pagaie en canoë sur un lac dès 10 ans, premières descentes de rivière à 12 ans et premières sorties en mer dans les étiers de Guérande à 14 ans. Le kayak de mer est devenu un véritable partenaire d’aventures, la fidèle embarcation de mes connivences avec les rivages et un confident de mes voyages.

À la manière d’une thérapie, la pratique du kayak vous a permis de vaincre votre phobie de l’eau. Comment l’expliquez-vous ?
Le kayak, accessible et simple, exige peu de technique pour se lancer. Sa posture est double : à la fois sur l’eau et dans l’eau. J’ai pu vivre à bord une immersion sans crainte. Dès lors que ma technique m’a permis de ne plus quitter mon navire : la chute tant redoutée est repoussée grâce à l’esquimautage. Je ne nage plus, je glisse, je file et navigue !

Vos pagaies ont plongé dans bien des mers. De laquelle avez-vous envie de chanter la beauté, la douceur ou la force ?
La Méditerranée pour sa beauté : au détour des rivages, souvent je lui trouve un îlot ou crique de sable blanc tel un grain de beauté aux couleurs chatoyantes quand le soleil l’illumine. La mer des Caraïbes pour sa douceur : elle est translucide et chaude, et son clapot berce les nuits de bivouac à même le sable. L’Atlantique pour sa force : respect de sa houle puissante, humilité face aux courants et à ses changements d’état. Marin nécessairement à l’effort sur ses flots, j’entretiens ma forme physique pour y naviguer régulièrement.

Vous êtes sensible aux questions environnementales. Comment arrivez-vous à concilier la pratique de la randonnée avec la préservation des milieux naturels ?
En étant un fervent adepte de la pratique sans trace. Une aptitude construite sur de bons réflexes, avant et pendant la navigation. Cet esprit (bien développé chez nos amis québécois) est fondé sur la connaissance des milieux marins (estran, mammifères, oiseaux…), indispensable pour comprendre et agir en harmonie.

Quelle œuvre artistique ou littéraire a influencé votre rapport à la mer ?
Dans ma génération, enfant, l’on recevait les ouvrages de Paul-Émile Victor. Je me souviens d’avoir vu, et revu, les images du Grand Nord sur un livre grand format. J’ai été marqué par le petit livre d’Apoutsiak, le petit flocon de neige du même auteur et garde le souvenir de son dessin de couverture – un kayak de mer esquimau. Plus tard, ce sont les Aventures en mer Rouge de Henry de Monfreid qui m’ont donné le goût d’aller sur la mer, les mers.

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