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De la médecine à la biomédecine
par Anne-Laure Boch
le mercredi 17 octobre 2012 à 19 heures 30


Assignée à une obligation de résultat, la médecine contemporaine a vu son champ investi par la technicisation croissante de ses pratiques, inféodée en cela à une mathématisation du vivant : la « biomédecine » que suppose une science infaillible dans son diagnostic ou sa thérapeutique. La rupture épistémologique survenue au début de l’ère moderne a précipité la conversion de la pratique médicale traditionnelle, aux modalités d’exercice souvent empiriques malgré une solide réflexion théorique, en un systématisme clinique asséchant, pour lequel le corps et la pathologie doivent s’appréhender en tant qu’entités duales, strictement découplées. La disjonction établie entre le patient et l’affection allogène, qu’une certaine ferveur positiviste imagine terrassée par les progrès constants réalisés dans l’investigation et le traitement de la maladie, définit le paradigme du discours médical contemporain. Les malades, soumis aux rayons panscopiques de l’imagerie par résonance magnétique et de la biologie moléculaire, pénétrés de sondes et de prothèses diverses, manipulés au propre et au figuré par les soignants, les appareils et les drogues, ont vu leur statut bouleversé. Si la médecine a répondu si pleinement à l’appel de la technique et de la science, c’est parce que celui-ci entrait en résonance avec une disposition profonde, une inclination : la médecine occidentale semblait prédestinée à devenir, pour le meilleur et peut-être pour le pire, une médecine technoscientifique. Malgré d’extraordinaires réussites, n’y aurait-il pas là un danger de déshumanisation, de déresponsabilisation, de domination, de totalitarisme peut-être ? Quand la médecine devient une « biomédecine », assise sur une instance aussi puissante que la science, les droits du citoyen voire tout simplement de l’homme pourraient-ils vaciller ?


Anne-Laure Boch est docteur en médecine, neurochirurgien des hôpitaux de Paris. Parallèlement à son activité clinique, elle mène une réflexion philosophique sur la médecine moderne, réflexion qui a abouti en 2006 à une thèse de philosophie intitulée « Médecine technique, médecine tragique. Le choix tragique, sens et destin de la médecine moderne ». Elle est membre du groupe de réflexion « Normativité et responsabilité » de l’université de Marne-la-Vallée et du séminaire d’éthique biomédicale du collège des Bernardins.



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Livre de l’intervenante en rapport avec cette conférence :
Médecine technique, médecine tragique, Le tragique, sens et destin de la médecine moderne (Seli Arslan, 2009)


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