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Vladivostok, entre neige et mousson
par Cédric Gras
le jeudi 26 janvier 2012 à 20 heures 30


« Extrême-Orient russe » : c’est ainsi qu’on désigne la partie asiatique de la Fédération de Russie qui s’étend à l’est du fleuve Lena. La région couvre plus de six millions de kilomètres carrés (36 % du territoire de la Fédération) peuplés par près de sept millions d’habitants. Si la Iakoutie participe du monde polaire, Vladivostok (dont le nom signifie en russe « Seigneur de l’Orient ») forme la pointe méridionale de cette Russie d’Asie. Chef-lieu du kraï du Primorie, cette ville portuaire, séparée de Moscou par 9 302 km et sept fuseaux horaires, est dans le voisinage immédiat de la Chine, du Japon et des deux Corées. Dans cette géographie pacifique, les échanges commerciaux et les voyages ne se font librement que depuis l’ouverture des frontières en 1991, consécutivement à l’effondrement de l’URSS. Ce nouveau dynamisme côtier contraste avec la pauvreté de l’arrière-pays, le long du fleuve Amour, en Transbaïkalie ou sur l’île de Sakhaline. L’exode d’une partie de la population vers des régions moins isolées de Russie représente, dans cette contrée pourtant riche en minerais et au rôle stratégique, un véritable défi démographique et économique pour le pays. Comment fixer les Russes en Extrême-Orient ? En choisissant Vladivostok comme lieu d’accueil du sommet de l’Asia-Pacific Economic Cooperation en 2012 ? À parler avec les Russes d’Extrême-Orient, on perçoit toujours la possibilité d’un départ sans retour. La colonisation assez récente reste fragile, comme éphémère malgré les industries lourdes. Finalement, l’Extrême-Orient russe a-t-il été intégré dans la conscience collective d’une nation bâtie sur la mer Blanche et la Volga ? C’est au plus proche des habitants que l’on découvre cette réalité étonnante, la beauté des paysages et le mythe déchu d’un Far-East fabuleux !


Vladivostok est la gare terminus de la légendaire voie ferroviaire du Transsibérien, celle où Joseph Kessel s’employa à la logistique en 1918. C’est effectivement en train que s’effectuent la plupart des voyages à travers l’Extrême-Orient russe. Souvent, nulle route ne traverse des régions gigantesques de collines et de forêts. Loin des rails, c’est un vieux tout-terrain soviétique qui ahane sur une piste cahotante, un bateau à fond plat qui remonte un cours d’eau aux rives boisées, un sentier balsamique à travers les marécages, les bouleaux et les pins de Sibérie… C’est la terre de Dersou Ouzala, révélé par le topographe militaire et écrivain Vladimir Arseniev, des chasses au tigre de Nicolas Baïkov ou des camps de travail staliniens. Les temps ont changé, les moujiks sont libres et des dizaines de milliers d’hectares pâtissent des coupes sauvages des forestiers capitalistes, mais la région n’est pas dépouillée de son mythe. Chaque rencontre est un livre ouvert. L’histoire abracadabrante des familles déportées, l’humour ravageur qui fait surnager les plus malheureux, la bonté des gens qui vivent isolés… Faire du stop, monter à bord d’un camion 6x6, visiter les villages reculés ou habiter le cœur de Vladivostok parmi ses 578 800 habitants permet de saisir la réalité, parfois à deux vitesses, des changements de la Russie postsoviétique en Asie.



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Livre de l’intervenant en rapport avec cette conférence :
Vladivostok, Neiges et moussons


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