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Chant diphonique mongol : un voyage en musique
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le jeudi 24 mars 2011 à 20 heures 30


Le chant diphonique se pratique dans plusieurs régions du monde et notamment en Asie centrale, dans les montagnes de l’Altaï, dans les républiques russes du Gorno-Altaï, de Khakassie et de Touva, en Mongolie et en Chine, au Xinjiang.
En Mongolie, le chant diphonique est pratiqué par plusieurs groupes ethniques tels que les Khalkh, les Touva, les Uriankhai, les Zakhchin, les Bayad, les Dörbet. Il est nommé khöömii, terme générique utilisé pour définir la pratique vocale d’une personne qui superpose volontairement et simultanément plusieurs sons. On peut en retenir deux principaux et distincts : une mélodie d’harmoniques chantée au-dessus d’un son fondamental appelé « bourdon ». Les harmoniques viennent du bourdon vocal et sont produits en pressant simultanément le pharynx et le diaphragme. Pour effectuer une mélodie d’harmoniques, le chanteur ou khöömiich déplace sa langue à l’intérieur de sa bouche.
En mongol, khöömii désigne littéralement le pharynx, la partie du corps qui est essentielle à cette technique vocale. Ce chant a longtemps été réservé aux hommes, mais depuis deux générations, des femmes l’apprennent et le pratiquent aussi. En Mongolie, les techniques sont nombreuses et variées mais peuvent être regroupées sous deux styles principaux, le kharkhiraa (khöömii profond) et l’isgeree khöömii (khöömii sifflé).
L’amateur de kharkhiraa chante un bourdon avec une voix de gorge. Puis, en pressant simultanément sur le pharynx et l’abdomen, après avoir pris une bonne inspiration, il produit un son harmonique grave qui vibre une octave en dessous du son fondamental. Il réalise un son très grave en faisant vibrer ses cordes vocales et le cartilage aryténoïdien. Ce son grave et rauque caractérise le style kharkhiraa mais sur cette double-basse, le chanteur pose une mélodie d’harmoniques aigus.
Le pratiquant d’isgeree khöömii (autrement appelé nariin khöömii, uyangiin khöömii ou encore Altain shingen khöömii, chante un bourdon avec une voix de gorge puis, toujours en pressant simultanément sur le pharynx et l’abdomen, après avoir pris une bonne inspiration, il réalise un son harmonique qui vibre plusieurs octaves au-dessus du son fondamental. On entend alors une mélodie d’harmoniques au sifflement très aigu.
Pour le kharkhiraa comme pour l’isgeree khöömii, la manière de chanter la mélodie d’harmoniques est commune. On module l’intérieur de la cavité buccale, soit en ouvrant et en fermant les lèvres, soit en avançant la langue de l’avant vers l’arrière de la bouche, en laissant sa pointe collée au palais, soit en avançant la partie centrale de la langue d’avant en arrière, la pointe de la langue placée contre la partie inférieure des dents. Le khöömiich expérimenté est même capable d’enrichir son chant en utilisant la vingtaine de techniques ornementales existantes : le bagalzuuriin khöömii (khöömii de gorge), le tsuurai khöömii (khöömii écho), le khamriin khöömii (khöömii de nez) ou encore le dangildakh khöömii (khöömii syllabique).


Johanni Curtet, doctorant en ethnomusicologie, étudie le chant diphonique en Mongolie depuis plusieurs années. Parallèlement à ses recherches de terrain sur l’histoire de cette musique ancestrale, ses pratiques et ses modes d’apprentissage, il a réuni quatre des plus grands diphoneurs mongols en une formation musicale inédite. C’est en Mongolie, dans la steppe et à Oulan-Bator, puis en France, au Mans et à Rennes, que le groupe, nommé Dörvön berkh (du nom du coup de jeu, rare, qui voit les quatre faces des osselets apparaître) a travaillé puis donné des concerts et enregistré un disque.



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