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Le Congo à l’heure de la Chinafrique
par
le jeudi 1 avril 2010 à 20 heures 30


Le développement de la Chine ainsi que l’indépendance économique et énergétique qu’elle s’est fixée pour objectif lui imposent de soutenir sa croissance et ses entreprises par un approvisionnement continu et considérable en matières premières. Les Chinois des décennies 2000 et 2010 ont faim d’énergie et de métaux ! Ainsi s’explique la présence croissante de Pékin en Afrique. Les puissances occidentales, qui se sont partiellement désengagées de l’Afrique noire en pensant qu’elle resterait pauvre et assistée, se voient ainsi remplacées par le Céleste Empire, qui mise sur le décollage économique de ce continent, dont le taux de croissance est supérieur à 5,5 % depuis le milieu des années 2000.
Ainsi, dans la province cuprifère du Katanga ou à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, des centaines d’expatriés chinois, installés depuis peu, vivent et s’immiscent doucement dans la vie quotidienne des habitants, jusqu’à en modifier sensiblement les habitudes et les repères. C’est un moment charnière dans l’histoire du continent noir qui se dévoile : le basculement d’une relation sclérosée Nord-Sud à une relation Sud-Sud, pleine de promesses économiques mais aussi de dangers. En marge et en miroir de ces nouveaux venus vivent les « Blancs d’Afrique », anciens coloniaux ou entrepreneurs expatriés, nostalgiques d’une période idyllique, qui voient d’un mauvais œil les cartes changer de main. À les écouter, on peut se demander si l’Europe est prête à traiter d’égal à égal avec l’Afrique et non plus selon l’ancienne formule paternaliste.
La population congolaise est partagée entre espérance et inquiétude : la « Chinafrique » sera-t-elle plus prometteuse que la « Françafrique » ? En tout cas, les conditions du partenariat – au Congo tout du moins – sont établies clairement : minerais contre infrastructures (routes, écoles, hôpitaux…). Mais les Chinois ne sont pas les seuls ; il faut aussi compter avec les Libyens et les Émiratis, qui investissent aussi au Sénégal, au Burkina et au Congo-Brazzaville.
Installation de grandes entreprises, aide publique au développement, fonds souverains… Les investissements chinois deviennent vite rentables économiquement et politiquement. Mais les Chinois occupent aussi les petits métiers : les Sénégalais avouent leur surprise de les voir dans les rues de Dakar remplacer les habituels vendeurs de beignets. Ainsi, les expatriés asiatiques ne sont pas seulement les acteurs de la quête de matières premières de Pékin mais aussi des francs-tireurs qui tentent de faire fortune ou simplement de survivre. Les visages de la « Chinafrique » sont multiples et le succès de l’aventure n’est pas assuré tant il a tendance à s’apparenter aux formes passées de présence étrangère. Une relation néocoloniale ?


Laurent Védrine est familier de l’Afrique, notamment pour avoir réalisé un documentaire sur le pillage colonial et le patrimoine culturel de l’Éthiopie. En mars 2008, il a par ailleurs réalisé un portrait croisé de la présence chinoise en République démocratique du Congo. Pour ce faire, il s’est rendu à Kinshasa, la capitale du pays, là où les expatriés chinois exercent les métiers les plus surprenants, au cœur des quartiers populaires. Réalisé pendant une période d’intenses enjeux économiques, ce documentaire privilégie cependant les relations humaines et sociales entre les deux communautés, avec pour intention de dresser le portrait d’une époque charnière entre deux continents. Le témoignage de Laurent Védrine bouscule les idées reçues sur le développement, apporte un regard franc sur la mondialisation du continent africain.



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DVD de l’intervenante en rapport avec cette conférence :
Kinshasa Beijing Story (52 min, La générale de production, 2008)

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