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En Turquie, avec les pasteurs kurdes d’Anatolie
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le jeudi 18 février 2010 à 20 heures 30


Les géographes rattachent le territoire montagneux du Kurdistan à l’Asie centrale mais il s’étend de la Turquie à l’Iran, en passant par la Syrie et l’Irak, avec quelques îlots de peuplement kurde en Arménie, en Géorgie, en Azerbaïdjan, au Turkménistan, au Kirghizistan et au Kazakhstan. D’ailleurs, les estimations de la superficie du Kurdistan varient en raison de l’instabilité politique régionale. En effet, seuls deux pays reconnaissent officiellement la dénomination de « Kurdistan » : l’Iran avec sa province du Kordestan et l’Irak avec sa région autonome du Kurdistan. La zone, qui connaît un climat continental aux étés chauds et aux hivers très marqués, est dominée par le mont Ararat (5 165 m), le Sipan, le massif de Munzur ou encore le Nemrut Dag. En outre, le Tigre et l’Euphrate, d’importance majeure au Moyen-Orient, prennent leur source au Kurdistan ; leurs nombreux affluents, dont le Petit Zab, le Grand Zab ou le Diyala arrosent généreusement cette région de steppes, de hauts plateaux et de massifs parfois escarpés.
En termes de population, le Kurdistan se subdivise en cinq régions majeures établies sur des bases historiques, socio-économiques, culturelles et politiques. Les deux cinquièmes de sa superficie totale sont occupés par le Kurdistan turc, situé sur le plateau anatolien et le haut plateau arménien. Les Kurdes de Turquie se distinguent par l’appartenance aux groupes linguistiques (zaza, kurmandji, sorani), aux courants religieux (sunnite, chiite, alevi, yezidi et chrétien) et parfois par l’adhésion à une confrérie ou à un parti politique. Dans une plus large mesure, les Kurdes de Turquie posent la question de la place des minorités et des communautés, à la fois dans un contexte démocratique et national, et dans la modernité.
Traditionnellement, les Kurdes forment un peuple de pasteurs transhumants, étroitement liés à la nature mais ils sont désormais sédentarisés en majorité. Au cours des deux derniers siècles, leur identité de tribus semi-nomades s’est transformée : à la suite des combats entre activistes nationalistes et soldats turcs, la population civile a migré vers les centres urbains, se pliant à la volonté d’un État soucieux de les contrôler. La scolarisation, l’alphabétisation et l’interdiction d’utiliser la langue de ses pères ont détourné la jeunesse kurde de sa culture. Dans les campagnes cependant, quelques Kurdes nomades subsistent : ils perpétuent la tradition pastorale au sein des montagnes. Face au défi environnemental de ce début de siècle, il se pourrait que ces « Turcs des montagnes » – surnom offensant utilisé par Ankara jusqu’au milieu du XXe siècle – se souviennent précipitamment de leur condition première de nomades.


Après des études d’histoire et l’obtention de son brevet d’accompagnateur en montagne, Michaël Thevenin entreprend en 2005 un premier voyage au Kurdistan turc. De multiples séjours dans cette région le portent à s’intéresser de plus près à la langue, le kurmandji, à laquelle il s’initie, ainsi qu’au pastoralisme au sujet duquel il rapporte un travail photographique, un carnet de route, un recueil de témoignages ainsi que le recensement des transhumances.
Michaël Thevenin, qui s’est rendu à quatre reprises au Kurdistan turc pour des séjours de quelques semaines en moyenne, se sent très attaché aux régions du mont Ararat et du lac de Van, dominé par le Nemrut et le Suphan, et fréquenté par des éleveurs nomades et semi-nomades. Le premier de ces deux volcans fut un haut lieu de transhumance pour la tribu kurde des Alikan. Quant au Suphan, coiffé de neiges éternelles, il fait face à l’église d’Akdamar dans l’un des paysages les plus fascinants d’Anatolie. La région de l’Ararat (5 165 m) l’attire également par sa magnifique austérité : champs de lave pétrifiés à perte de vue, prairies parsemées de scories magmatiques…
Depuis 2005, le voyageur met en forme ce travail qui vise à rendre compte des pratiques pastorales dans le sud-est de la Turquie dont les transhumances sont les manifestations les plus remarquables. À travers des cartes originales, non-exhaustives, comme une sorte d’état des lieux d’une tradition millénaire, il livre les différents visages du pastoralisme kurde au moyen d’un site Internet qu’il développe depuis 2009, ainsi que par le biais d’expositions et de conférences. Les recherches de Michaël Thevenin n’ont aucune ambition politique et ne visent pas à prendre parti sur la situation des Kurdes. Cependant, il interroge et oppose, sans prétention idéologique, l’exemple pastoral en matière de gestion de l’espace et du temps.




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