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Les Sàmi, peuple du soleil de Laponie
par
le jeudi 28 mai 2009 à 20 heures 30


La Laponie (Lappland en suédois, Sápmi en sàmi) est le pays des Sàmi. Région boréale européenne, elle se situe pour l’essentiel au-delà du cercle polaire arctique, dans la partie septentrionale de la Fenno-Scandie qui couvre le nord de la Norvège, de la Suède et de la Finlande, et une partie de l’arrondissement russe de Mourmansk. Ses 940 000 hectares qui couvrent les zones de migration des rennes sont classés sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco en tant que site naturel et culturel depuis 1996.
Les premières traces de peuplement de cette région remontent à l’âge de pierre. C’est il y a dix mille ans que s’y établissent les Sàmi, anciennement appelés « Lapons », peuple de pêcheurs, de chasseurs et d’éleveurs connu pour sa sorcellerie et son savoir-faire naval. Jusqu’au XVIe siècle, la société sàmi vit essentiellement de la chasse, de la pêche et de la cueillette, quoiqu’elle soit contrainte de se tourner progressivement vers l’agriculture et l’élevage par les Norvégiens dès le XIIIe siècle. Les familles sont organisées en différents groupements appelés siida : c’est, en fonction de leurs besoins en nourriture et en pâturage, une association entre membres d’une même famille et leurs proches voisins. Au XIVe siècle, alors qu’une partie du peuple sàmi est restée nomade, certaines villes comme Inari, en Laponie finlandaise, deviennent des centres d’échange et de commerce spécifiquement lapons. Au XVIe siècle, la monarchie suédoise revendique certains territoires lapons, jusqu’à présent ouverts à tous. Les Sàmi doivent acquitter un impôt à la couronne pour pouvoir pratiquer la chasse et la pêche nécessaires à leur survie. Une période difficile pour eux débute au XVIIe siècle et prend fin progressivement au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Elle commence par la rencontre avec les premiers trappeurs, missionnaires et colons qui se rendent d’abord peu à peu en Laponie puis plus systématiquement et massivement dès lors que les États s’approprient les terres ancestrales des Sàmi et appliquent des politiques d’assimilation en vue d’éradiquer leur culture.
Le milieu du XXe siècle sonne le réveil ethnique et le processus de revitalisation culturelle grâce au militantisme sàmi naissant, appuyé par des lois internationales visant à sécuriser le statut et les droits des minorités ethniques. C’est au cours de ce long processus que les Sàmi vont être reconnus comme minorité ethnique, ce qui leur confère certains droits spécifiques. Au cours du XXe siècle, ils se dotent d’un réseau d’institutions politiques et sociales, pour conserver les droits acquis et les développer face aux pressions économiques. En 1986, la nation sàmi se dote de son propre drapeau.
Les Sàmi sont actuellement sédentarisés et forment l’unique peuple autochtone en Europe communément accepté et reconnu en tant que tel. La plupart d’entre eux sont aujourd’hui bilingues, parlant le sàmi, dont il existe neuf idiomes, et la langue officielle de leur État. Leur territoire forme un croissant de 2 500 kilomètres de long du centre de la Suède à l’ouest de la Norvège, en longeant la côte vers le nord et en englobant la partie arctique de la Finlande pour s’achever dans la péninsule de Kola, en Russie. Ils cohabitent avec d’autres populations, généralement plus nombreuses, auprès desquelles ils sont intégrés. On évalue leur nombre à 70 000 : ils seraient 40 000 en Norvège, essentiellement au Finnmark, 17 000 en Suède, 6 000 en Finlande et 2 000 en Russie. Si le peuple sàmi est essentiellement connu comme celui de renniculteurs vêtus d’un costume coloré et vivant dans des tipis de peaux de renne, sa société n’est pas forcément orientée et organisée autour du pastoralisme. Les activités d’élevage, de chasse et de pêche expriment avant tout la relation particulière que les Sàmi entretiennent avec leur environnement. Leur culture trouve ses racines dans un mode de pensée fondé sur l’égalité des éléments – tous animés d’une âme – qui composent le milieu et sur la nécessité de respecter l’équilibre instauré entre eux. Par ailleurs, les Sàmi partagent des croyances avec les autres populations de l’Arctique, comme le culte des ours, les sacrifices, le chamanisme, etc. Leur chant, le yoik, est aussi l’un des symboles de leur identité.


Depuis l’enfance, Matyas Le Brun se passionne pour les peuples premiers et l’écologie et, arrivé à l’âge adulte, son désir ardent de s’accomplir dans une action de découverte et de partage l’a conduit à penser le projet, « Le peuple du soleil ». Il s’agit d’un reportage éco-ethnologique réalisé entre la France et la Laponie. Après un premier séjour chez les Sàmi, fascinante culture indigène de l’Arctique, Matyas Le Brun a souhaité connaître la vie de ces derniers nomades d’Europe, convaincu de la sagesse écologique qu’ils portent en eux à travers leur mode de vie. Grâce aux contacts déjà établis parmi leurs communautés, il s’est immergé en terre sàmi pendant trois mois, au cours de l’hiver 2008-2009, partageant la vie quotidienne de ce peuple encore imprégné d’un art de vivre respectueux de l’environnement. Fort de cette expérience, il diffuse aujourd’hui les messages de cette culture par le biais de films et de récits réalisés par les Sàmi eux-mêmes.
Mais « Le peuple du soleil », c’est aussi un projet pédagogique. Soucieux de transmettre une conscience écologique à un public jeune, à l’heure où ces préoccupations semblent enfin entrer dans les mœurs européennes, Matyas Le Brun a ainsi visité des classes de primaire et de secondaire pour présenter ses films, ses photos et expliquer ce qui lie les Sàmi à leur environnement. Par le dessin, le récit imaginaire, la fresque collective, les ateliers plastiques, les jeux de construction, le débat, l’expérience du regard, du toucher, de l’odeur et du son, il transmet l’incroyable leçon de vie qu’il a reçue au cours de ses séjours parmi les Sàmi.



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