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L’appel de la steppe, d’Istanbul aux confins de la Mongolie
par &
le jeudi 6 novembre 2008 à 20 heures 30


En septembre 2003, Antoine de Changy et Célina Antomarchi-Lamé, fraîchement mariés, se mettent en route pour l’Orient avec le désir de prendre leur temps. Après plusieurs années de vie professionnelle, respectivement dans les ressources humaines et la finance, à Paris et à New York, ils aspirent à voyager à vélo, sans itinéraire précis ni d’autre but que d’aller à la rencontre des habitants des régions qu’ils vont traverser. Ils savent que le temps est l’atout indispensable pour créer les rencontres, s’imprégner des cultures. Il leur paraît incongru de filer grand train, d’effleurer du regard. Leurs vélos les obligeront à s’arrêter dans les villages et leur permettront de s’égarer dans des paysages vertigineux : ils seront des vecteurs de communication.
Partis d’Istanbul, les voyageurs avaient prévu de parcourir la Turquie en un mois. Ils y restent trois fois plus longtemps, déjà convaincus de l’absurdité de planifier la découverte d’un pays. Ils traversent les hauts plateaux jusqu’à San Urfa et poussent jusqu’à Dogubayazit. Auprès des Turcs, ils apprennent à partager, à comprendre et à s’affranchir des barrières culturelles, à dépasser les peurs communautaires et les mises en garde réciproques. Ils apprennent que seule l’intensité des échanges a une signification et que le reste est anecdotique.
L’Iran leur apparaît policé et éloigné des idées reçues. Tabriz, Téhéran, Ispahan, Dabiran, Bander-Abbas… Antoine de Changy et Célina Antomarchi-Lamé découvrent que les comportements privés et les attitudes publiques sont opposés chez les Iraniens, qui mènent une double vie, maniant les apparences pour s’accommoder des obligations, dissimulant la réalité pour se protéger. À l’abri des maisons, au cœur des foyers, ils se familiarisent avec un monde généreux et habile à vivre à l’écart du carcan politique et religieux.
En Ouzbékistan, après Samarcande et Boukhara, les jeunes cyclistes succombent à la ferveur et à la curiosité des habitants de la vallée du Ferghana, le cœur de l’Asie centrale, maintenue volontairement isolée du reste du pays par le pouvoir de Tachkent. Dans les montagnes et les steppes qui cernent le lac Issyk-Koul, au Kirghizistan, ils éprouvent leurs premières émotions montagnardes. Ils touchent le ciel dans les Tian Shan avant de basculer dans le Xinjiang chinois. Ce contact avec la Chine des musulmans ouighours, à Kachgar, Turfan et Dunhuang est trop rapide, car il leur tarde de rejoindre la Mongolie. Durant la traversée d’est en ouest de ce pays, Antoine de Changy et Célina Antomarchi-Lamé bénéficient de l’hospitalité des nomades. Ils voyagent dans la steppe avec le sentiment d’être devenus eux-mêmes nomades et d’avoir droit au gîte et au couvert.


Puis 2 000 kilomètres de pistes les mènent à la pointe occidentale du pays, où se rejoignent les frontières chinoise et russe, dans le massif de l’Altaï. Là, une invitation aussi soudaine qu’inattendue infléchit le cours de leur voyage. Plutôt que de répondre à leurs questions sur les conditions hivernales de vie des éleveurs semi-nomades, le Kazakh Arkhat et sa femme Alten, rencontrés quelques heures auparavant, leur proposent de passer l’hiver chez eux. Cette invitation, qui a la simplicité, l’évidence et la saveur du destin révélé, ouvre sur une perspective, sur un vertige que les jeunes voyageurs ne peuvent ignorer. Antoine de Changy et Célina Antomarchi-Lamé prennent conscience que pour se faire une idée de la vie d’Arkhat, ils doivent s’investir complètement dans sa région et accepter les conditions climatiques difficiles.
L’hiver 2004 est rude : les troupeaux souffrent, les hommes se démènent car de leur activité dépend la survie des bêtes. La vie prend une intensité folle jusqu’à cet instant où rien de plus ne peut être fait : le sort des animaux et des hommes dépend de la météo. Il faut alors courber l’échine et s’armer de fatalisme.
Un jour d’août 2005, les voyageurs remontent sur leurs vélos, le cœur serré, et quittent la Mongolie pour une traversée du nord au sud de la Chine le long des régions tibétaines. Elle durera six mois et les mènera au Laos puis dans les camps de réfugiés karens en Thaïlande où s’arrête leur voyage.




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