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Face au tourisme, le Maroc
par
le mercredi 12 décembre 2007 à 20 heures 30
En partenariat avec l’agence de voyages naturalistes Saïga



Le Maroc est un pays immense avec un littoral atlantique de 2 400 kilomètres du détroit de Gibraltar à la Mauritanie, et un littoral méditerranéen de 800 kilomètres. Traverser le Maroc, c’est découvrir tous les paysages qui vont de l’alpage et des névés à l’aridité du désert sous le tropique du Cancer. Le Maroc est parcouru par deux chaînes de montagnes principales : le Rif et l’Atlas. La première, le Rif, de la taille des Pyrénées, culmine à 2 450 m et s’étire le long de la côte méditerranéenne. Elle est couverte d’une forêt de ce type et de cèdres dans sa partie haute. La seconde, l’Atlas, est presque aussi étendue que les Alpes quoique moins élevée malgré des sommets qui dépassent 4 000 m (4 165 m au Toubkal). C’est un surprenant kaléidoscope végétal dont plusieurs centaines de kilomètres abritent une cédraie millénaire. Mais il y a en outre la chaîne de l’Anti-Atlas et, plus au sud encore, la chaîne du Bani. Après viennent, pincées entre l’Atlantique et les frontières de l’Algérie et de la Mauritanie, les immenses étendues désertiques qui filent vers l’Afrique de l’Ouest. On oublierait l’essentiel si on n’évoquait pas l’influence océanique pluvieuse : Maroc des marais littoraux, des prairies herbeuses et fleuries, de la forêt de chênes-lièges, pays portant l’empreinte des dynasties et des grands seigneurs, des écoles coraniques prestigieuses et du retour des Andalous de Grenade et de Cordoue, Maroc agricole et des villes. Et dans ce pays se développent les infrastructures modernes, les industries, les supermarchés et, par-dessus tout, l’appétit pour les technologies de pointe. Ce potentiel naturel et humain est une manne économique pour l’exploitation de laquelle le gouvernement développe le tourisme en déployant de gros efforts. Multiple par ses paysages, multiple par les facettes d’une société humaine riche de terroirs aux identités fortes et aux traditions différenciées, multiple aussi par les approches de la modernité, le Maroc est une terre de splendeur où le tourisme trouve des réponses à ses attentes. De plus le pays bénéficie d’une cote de confiance internationale : l’économie est solide, la sécurité règne, l’islam extrémiste est surveillé, le gouvernement est stable.
L’industrie du tourisme engendre d’importants mouvements d’argent. Un grand pourcentage des devises en provient et des milliers de foyers en vivent. Le commerce de l’artisanat, de l’hôtellerie et de l’immobilier bénéficient de la venue des étrangers. Un ministère entier développe l’activité pour permettre l’accueil de 10 millions de visiteurs par an. Des travaux énormes et des infrastructures lourdes et coûteuses, telles que des marinas, sont en cours sur les côtes marocaines. Le tourisme est aussi générateur de maux pour la société et pour l’environnement. La déstabilisation de l’équilibre traditionnel des familles confrontées à la modernité et à la mondialisation est aggravée par le séjour d’étrangers aux mœurs différentes. Ces derniers perturbent les fondements de la culture des terroirs. L’accueil de touristes accélère le mouvement engendré par la modernisation à l’occidentale, qui redéfinit les rôles et les pouvoirs. Le Maroc n’échappe pas à l’évolution du monde et le tourisme porte l’étendard de cette évolution. Mais il existe plusieurs tourismes : le tourisme de masse, estival, hivernal, celui des retraités, celui lié aux sports mécaniques, à la marche, à la chasse, celui lié à la sexualité, celui du milieu des affaires, celui en provenance de la péninsule Arabique, et le tourisme intérieur au pays lui-même avec le développement de classes sociales moyennes aisées.
Facteur d’ouverture d’esprit et de remise en cause, le tourisme est aussi un dialogue, un échange de savoirs et de considérations, l’expression d’un humanisme profond, dégagé des nationalismes, des appartenances étroites. Ainsi, si on le considère avec optimisme, il peut être le véhicule de l’établissement, par l’échange réciproque, de savoirs techniques et de savoirs vivre, d’une amélioration de l’habitat tant chez l’hôte que chez le visiteur, d’une meilleure gestion de la production vivrière, en particulier dans le respect des sols, la qualité des produits, etc. Le tourisme sera, au Maroc comme ailleurs, ce que l’humain fera de sa propre personne. Le Maroc a d’ailleurs lancé des études sur l’impact réel du tourisme, y compris du tourisme dit « vert ».


Paul Soto est né au Maroc et y a résidé jusqu’à l’âge de 27 ans. Depuis, il ne cesse d’y retourner. Son père, chauffeur routier, polyglotte, le faisait rêver en lui contant la vie des tribus de la montagne et du désert. Après son décès, Paul Soto a marché des milliers de kilomètres et est devenu photographe avant de travailler dans le tourisme naturaliste, solidaire et participatif. Son itinéraire au Maroc est d’abord celui d’un homme de terrain passionné par les sociétés locales et les milieux naturels. Il a parcouru les vallées de l’Atlas central à pied et à ski de randonnée l’hiver, le littoral atlantique à pied sur 2 000 kilomètres, le littoral méditerranéen à pied et en barque, le désert, enfin, à pied et à dos de dromadaire. En collaboration avec les chercheurs de l’Institut scientifique de Rabat, il a effectué des inventaires faunistiques dans des régions difficiles d’accès, et en a assuré la logistique. Il a mené durant deux ans des missions régulières sur les îles d’Essaouira, au sud d’Agadir, dans l’actuel parc national de Massa avec Udo Hirsch, Pierre Beaubrun et Michel Thévenot, et dans les montagnes du Takerkort pour le parc du Haut-Atlas. Il a aussi participé à la définition du statut du vautour fauve au Maroc pour le World Wildlife Fund en liaison avec le Service des eaux et forêts de Rabat. Il a assisté Philippe Géniez, de l’École pratique des hautes études de Montpellier, dans son ambitieux inventaire herpétologique, et a réalisé des diaporamas (sur les goélands, les nomades pasteurs montagnards, les aspects naturels du littoral atlantique) plusieurs fois sélectionnés et primés dans les festivals. Enfin il a créé et accompagne des voyages naturalistes, des méharées et des séjours solidaires au Maroc et au Sénégal, avec l’agence Saïga.





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