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De masques en parures à travers la Papouasie
par
le mercredi 21 novembre 2007 à 20 heures 30


Papouasie-Nouvelle-Guinée, un nom à rallonge qui cache bien des mystères… Située au nord de l’Australie, dont elle est séparée par le détroit de Torres, la Nouvelle-Guinée est une immense île tropicale dont les 775 000 km2 clôturent l’archipel indonésien. À la croisée de plusieurs mondes – Asie, Mélanésie, Polynésie –, l’île fut coupée en deux par le jeu de la décolonisation. Sa partie occidentale, longtemps sous domination hollandaise, appartient aujourd’hui à l’Indonésie sous le nom de Papouasie occidentale (l’ancienne Irian Jaya), tandis que sa partie orientale acquit pacifiquement son indépendance de l’Australie en 1975, pour devenir, avec les nombreuses îles attenantes, la Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG). Ce nom composé provient de son histoire récente, lorsque les Australiens qui avaient hérité des Anglais de la partie sud du territoire (la Papouasie) prirent aux dépens des Allemands le contrôle de la partie nord (Nouvelle-Guinée) à la faveur de la guerre de 1914-1918. Aujourd’hui, le pays, membre du Commonwealth, est une démocratie parlementaire balbutiante, à la croisée des chemins entre survivance du monde traditionnel et plongeon dans le XXIe siècle, entre ressources naturelles surabondantes et économie de subsistance pour 85 % de sa population, entre unité nationale et identité tribale très marquée.
Aperçue pour la première fois en 1526 par le Portugais Jorge de Meneses, c’est à partir du XIXe siècle que la Nouvelle-Guinée intéresse les empires coloniaux qui veulent exploiter principalement le coprah – l’amande de la noix de coco – de ses zones littorales. Mais c’est seulement à partir des années 1930 que des explorateurs en quête d’or pénètrent à l’intérieur des terres et arrivent dans les vallées des grandes chaînes centrales (le plus haut sommet de la PNG, le mont Wilhelm, culmine à 4 509 m). Ils y découvrent avec stupeur des populations denses, aux structures sociales élaborées, qui vivent d’agriculture ou de chasse et s’adonnent aux guerres tribales, mais ignorent la technologie du fer ! C’est de là que naîtra la fascination occidentale pour la Nouvelle-Guinée et ses peuples « chasseurs de têtes » qui « vivent à l’âge de pierre ». Un raccourci inepte, mais qui persiste encore aujourd’hui. Régulièrement sont prétendument découvertes des tribus inconnues, avec lesquelles l’aventurier de passage noue un first contact télégénique… En réalité, la PNG, comme sa sœur indonésienne, a été parcourue en tout sens par des patrouilles gouvernementales, par des explorateurs et surtout des missionnaires, par des prospecteurs de pétrole ou de minerais précieux. Et les peuples qui y vivent encore isolés y sont contraints par la géographie ou ont choisi de préserver leur mode de vie traditionnel. Mais tous savent que « l’homme blanc » existe…
Pourtant, découvrir la PNG reste une expérience rare et fabuleuse. Certaines informations suffisent à donner le tournis au voyageur curieux : environ 6 millions d’habitants pour 462 840 km2, ce qui laisse largement la place pour la deuxième plus grande forêt tropicale au monde, plus de 600 îles, plus de 800 langues avec des groupes linguistiques allant d’une centaine de milliers de locuteurs à quelques centaines de personnes. Trois mille types d’orchidée avec de nouvelles espèces découvertes chaque année rivalisent en nombre avec la liste impressionnante d’oiseaux et d’animaux endémiques. Reliefs karstiques, marécages, haute montagne, forêt d’altitude, forêt tropicale, une multitude de milieux naturels intacts font de la PNG un sanctuaire biologique, malheureusement menacé par l’exploitation outrancière des ressources naturelles (bois et minerais principalement).
Toutefois, ce sont bel et bien les hommes qui font la richesse du pays. La population, composée à 78 % de Papous, de 20 % de Mélanésiens et de quelques groupes pygmées a développé un sens unique de la parure corporelle et, dans certaines régions comme celles du Gulf ou du bassin du Sepik et certaines îles, un art de la sculpture incomparable. Exploitant au mieux leur milieu naturel, mais pratiquant aussi un complexe système de troc pour se procurer des objets venus d’ailleurs – les habitants des Hautes Terres qui ne quittaient jamais leur territoire possédaient des coquillages benthiques bien avant l’arrivée des Blancs –, les Papous ont fait preuve d’une imagination et d’un sens artistique hors du commun. Perroquets, plumes de paradisier, plantes, fourrures, coquillages, graines, os ou becs, terre, argile, colorants naturels, tatouages, scarifications, cheveux, tout est mis à contribution pour créer d’incroyables tableaux humains, qui dansent et chantent pour honorer les ancêtres, pour célébrer des échanges traditionnels, des mariages ou des initiations, pour faire la guerre ou la conclure. Aujourd’hui ces parures et ces danses servent aussi à ouvrir un hôpital, accueillir un politicien ou fêter l’ouverture d’une route…
Ainsi, sous les mystères d’un nom à rallonge, la variété demeure le maître mot de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. À Port Moresby, la capitale, un Huli venu des montagnes centrales, issu de coutumes patriarcales extrêmes qui lui proscrivent de toucher sa femme qu’il a achetée avec des cochons, pourra côtoyer un Trobriandais venu d’îles à la société matriarcale poussée où l’homme vénère sa sœur, seule tenante de la richesse familiale. Une diversité qu’il va falloir respecter mais aussi unir en un pays. Un défi pour les Papous du XXIe siècle.


Né en 1974, Philippe Gigliotti a découvert les voyages et l’aventure très tôt dans les livres, une passion qui le mène à des études de littérature abrégées par la découverte de la Papouasie-Nouvelle-Guinée en 1996, à l’invitation impromptue d’un ami. C’est le coup de foudre pour ce pays où il trouve tout ce qu’il cherche : des paysages sauvages, des aventures rocambolesques dans une ambiance de « dernière frontière », l’amitié et même des familles adoptives. Une connivence est née, aussi retourne-t-il régulièrement visiter ses amis et de nouvelles régions. Devenu journaliste, Philippe Gigliotti parcourt le monde et notamment l’Asie, particulièrement pour Trek Magazine grâce auquel il a couvert en 2003 « La grande caravane » du lac Baïkal à l’île indonésienne de Siberut. Un grand voyage avec moult escales aériennes dans plusieurs pays du Pacifique Sud, de Tahiti à la Nouvelle-Zélande, en passant par les Cook, Tonga, Samoa et Fidji, lui confirme que c’est bien en Papouasie que se trouve son bonheur. Depuis 2004, sans interrompre son métier de journaliste, Philippe Gigliotti organise en lien avec l’agence Tamera des voyages d’aventure inédits, emmenant dans l’intimité de villages papous de petits groupes de Français, offrant des rencontres privilégiées entre deux peuples aux antipodes l’un de l’autre. Il a participé aux côtés de Marc Dozier aux séjours en France de trois Papous « explorateurs », objet du livre Le long-long Voyage (Dakota, 2007) et d’une série documentaire sur Canal +. En 2007, il est retourné dans la région du volcan Bosavi, au sud-ouest des Hautes Terres, et s’est enfin rendu dans le bassin du fleuve Sepik dont les œuvres sculptées monumentales constituent le fleuron de la plupart des musées d’ethnographie.




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