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En canoë au fil de la Lena, en Sibérie
par Philippe Sauve
le jeudi 22 mars 2007 à 20 heures 30


Pour ceux qui l’ont arpentée, la Sibérie n’est pas une région sordide, stérile, un territoire de relégation pour bagnards, mais un tableau pétillant de couleurs et de formes que l’œil du profane détaille malaisément.
De la taïga insondable aux monts de Verkhoïansk, où subsistent une poignée d’irréductibles éleveurs de rennes evenks, en passant par les villes postsoviétiques en décrépitude, telle Iakoutsk, au cœur de la république Sakha que peuple un million d’habitants, dont un tiers de Iakoutes d’origine turcophone, la Sibérie orientale déploie son immensité. Des rivières au parcours sinueux irriguent son espace, telles les veines d’une terre gelée huit mois par an. Parmi ces fleuves gigantesques, l’un d’eux se démarque par la consonance agréable de son nom : la Lena. Serait-ce un fleuve féminin ?
Mentionnée pour la première fois par un marchand allochtone en 1623, la Lena est, par le volume de ses eaux, le sixième plus grand fleuve au monde. Longue de 4 400 kilomètres, elle prend sa source à l’ouest du lac Baïkal, dans l’oblast d’Irkoutsk, et gagne l’océan Glacial arctique, en traversant, du sud au nord, toute la république Sakha. On peut diviser le cours de ce fleuve en trois parties : la première de sa source à sa confluence avec la Vitim ; la deuxième de la Vitim à son autre grand affluent, l’Aldan, au bassin aurifère ; enfin, de l’Aldan à son delta en mer de Laptev, par 73° nord. Le fleuve est d’abord étroit et rapide, encadré de falaises parfois ornées de peintures rupestres, jusqu’à la Vitim. Dans la deuxième partie de son cours, il atteint 2 kilomètres et sa vallée en fait 30 de large. C’est en amont de Iakoutsk que, sur 200 kilomètres, se dressent les fameux « piliers de la Lena » – Lena stolby –, résultat de l’érosion de la tendre roche calcaire du plateau sibérien. En aval de Iakoutsk, la Lena est bordée sur sa rive droite par les derniers soubresauts des monts de Verkhoïansk, qui vont jusqu’à comprimer sa vallée sur 2 kilomètres de largeur seulement, alors que la taïga cède la place à la toundra par 71° nord. À 130 kilomètres de son embouchure, elle s’évase en un delta de 30 000 kilomètres carrés – le second après celui du Mississipi –, dont la branche orientale dite Bykovskaya mène à la ville de Tiksi, l’un des points clés du passage du Nord-Est. La Lena est ainsi, entre l’Ob et l’Ienisseï pour la longueur, le deuxième plus important fleuve de Sibérie par le volume de ses eaux et le troisième par la superficie de son bassin.


Philippe Sauve a emprunté la Lena sur 3 800 kilomètres, à bord d’un simple canoë en toile. Seul pendant cinq mois sur son embarcation, il a vécu au milieu de la nature majestueuse de ces régions inhospitalières. Équipé d’un matériel rudimentaire, il a ainsi traversé des paysages déserts à la beauté saisissante. Il y fait des rencontres, rares mais fortes. Celle d’Evenks et de Iakoutes, éleveurs de rennes et hommes libres de la taïga. Celle de Russes, dans des villages reculés, qui lui ouvrent la lourde porte de leurs maisons en rondins. Celle de brigands aussi…
À la fin de son cours, la Lena se resserre dans un véritable canyon, où la température automnale frôle les –10 °C. Le voyageur dépasse le dernier village du fleuve, Tit-Ary, et termine son périple dans le delta large de 200 kilomètres…
Philippe Sauve confie : « J’ai rencontré une jolie fille russe. Elle avait un tempérament de feu, elle s’agitait lorsque je voulais la prendre dans mes bras. Elle avait des courbes parfaites que j’épousais chaque soir. J’ai navigué sur son dos durant quatre mois. Elle s’appelait Lena. »




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Livre de l’intervenant en rapport avec cette conférence :
Siberia, 3 800 km en canoë du lac Baïkal à l’océan Arctique


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