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À dromadaire avec les Touaregs du Niger et de l’Algérie
par
le jeudi 12 octobre 2006 à 20 heures 30


Avec 8,5 millions de km2, le Sahara, qui s’étend sur 5 000 km de l’océan Atlantique à la mer Rouge, est le plus grand, le plus caractéristique et le plus beau désert de la planète. Entre les ergs (dunes) de la Grande Mer de sable par exemple, les regs (étendues caillouteuses) du Tanezrouft, les hammadas (plateaux pierreux) d’El-Homra ou de Tinghert, les tassilis (plateaux de grès élevés à l’érosion ruiniforme) du Tassili-n-Ajjer et les hauts massifs rocheux, granitiques et souvent volcaniques du Hoggar ou du Tibesti, la nature géologique du Sahara est contrastée. Sa nature désertique aussi, puisque les précipitations, qui ne dépassent pas 100 mm par an dans les régions d’altitude, peuvent n’être que de 5 mm dans les zones hyperarides. La vie n’y est toutefois pas absente puisqu’on dénombre 116 espèces de mammifères, parfois endémiques comme le renard de Rupel ou l’addax, 60 espèces d’oiseaux nicheurs, comme les traquets, outre les migrateurs telles la cigogne blanche ou la bondrée apivore. On y compte aussi une centaine de reptiles, comme la vipère à cornes ou l’agame, et pas moins d’une vingtaine d’espèces relictuelles de poissons qui, résidant dans les rares points d’eau permanents, attestent le caractère moins hostile du Sahara jusqu’au début de l’ère historique. Sur un territoire presque aussi grand que l’Europe, le Sahara ne présente pas plus d’espèces végétales spontanées que la région parisienne. Pour 10 000 km2, la flore comprend 150 espèces au Sahara, la plus basse valeur observée à la surface du globe, alors que les régions tropicales en comptent 3 000 à 4 000.
De même que le Sahara ne se caractérise pas par ses dunes de sable, qui migrent en fait assez peu au gré des vents et occupent moins d’un cinquième de sa superficie, mais plutôt par ses vastes regs, les Touaregs et leurs dromadaires ne constituent pas d’un bout à l’autre de son aire un élément du décor. En effet, ces nomades dans l’âme, souvent sédentarisés aujourd’hui, qui parlent le tamasheq de la famille berbère, n’en occupent que la partie centrale. Au nombre d’un million seulement, ils se répartissent entre l’Algérie, la Libye, le Niger et le Mali, tandis que les Toubous nomadisent au Tchad. Ces hommes constitués en confédérations, aux mœurs autrefois guerrières, qui augmentaient leurs ressources par les razzias et contribuaient par le trafic caravanier à la traite des Noirs, bravent l’aridité du milieu en se déplaçant avec leurs troupeaux de dromadaires et parfois de chèvres, de campement en campement, de point d’eau en point d’eau, au long de pistes ancestrales. Si les grandes caravanes commerciales comme l’azalaï, riche de 400 à 500 têtes, qui traversent encore le Ténéré pour s’approvisionner aux salines de Bilma, à 700 km à l’est de l’Aïr, dans le Kaouar, sont sans commune mesure avec celles du XIXe siècle, les « hommes en bleu » et leurs femmes, qui ne portent pas le voile, savent toujours, en dépit de toutes leurs difficultés transfrontalières, prendre le temps de préparer le thé et de le tendre à leurs hôtes de passage que ce geste et leur noblesse sauront retenir ou faire revenir.


Alors que ses héros de lecture s’appelaient Lachenal et Terray, Michel Zalio conserve de son adolescence le souvenir de tous les réveillons de Noël passés en famille dans les rochers de Fontainebleau. C’est que l’escalade, très vite, lui est apparue, ainsi qu’aux siens, aussi importante que les matières scolaires. Sans doute est-ce l’une des raisons pour lesquelles, plutôt que de poursuivre après le bac, il a été bûcheron puis routier, avant de passer son diplôme de guide de haute montagne en 1974. À ce titre, il pratique pour le compte de divers organismes des Hautes-Alpes où il habite ce métier où, comme il le dit, « travail, plaisir, vacances, rencontres sont intimement liés ». Puis, dans sa quête permanente de curiosités humaines et naturelles, il se tourne vers des expéditions lointaines : Pérou, Bolivie, Brésil, Chili, Argentine, Kamtchatka. Il a l’occasion de partager son goût pour les voyages en associant son art de conteur à celui de photographe, en allant jusqu’à tenir la caméra en Australie et au Brésil pour « Les Carnets de l’aventure », sur Antenne 2. Ce baroudeur se lance aussi dans l’aventure himalayenne et, à l’occasion d’une expédition au Cho Oyu, réalise un film sur les porteurs et sherpas népalais.
Michel Zalio a découvert le plus grand désert du monde grâce à sa passion, l’escalade, qui l’a conduit dans les rochers du Hoggar. C’est alors qu’il a été subjugué par les grands espaces, la beauté des paysages, la variété des sites, la douceur des soirs, le calme des nuits, la clarté des étoiles… Le séjour fut trop rapide à son goût : il avait effeuillé un catalogue immense et, à son retour, il sentait encore les coulées d’air frais sur son visage, il voyait encore scintiller les grains de sable, il avait goûté, sans retenue, l’amertume du thé, il avait entendu le pas lent des dromadaires. Il était amoureux ! Cette nouvelle attirance de Michel Zalio pour le Sahara le pousse ensuite à y séjourner quatre mois consécutifs, ce qui lui inspire l’ouvrage Bivouac africain, primé par le Groupe de haute montagne en 2001. Il faudra encore d’autres voyages pour que Michel Zalio privilégie la rencontre, pour qu’il perçoive pleinement la chance d’être l’invité du Sahara : écouter les oiseaux chanter dans les acacias, observer un vautour planer au-dessus de nulle part, les dromadaires au pâturage ou les chèvres au milieu d’un oued, surprendre une gazelle au bord d’une guelta et savourer le thé dans un campement lointain. Depuis lors, ses séjours réguliers, notamment comme guide saharien pour l’agence Les matins du monde, à Lyon, lui valent de partager des moments privilégiés avec les Touaregs, en particulier lors de méharées. Sur ce sujet, Michel Zalio a aussi produit Amaneï, Rencontres touarègues, Enfants des sables et Ma caravane de sel, dont les droits d’auteurs servent à racheter des chèvres aux éleveurs du sud nigérien dont les troupeaux ont été décimés par la sécheresse.




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Livre de l’intervenante en rapport avec cette conférence :
Ma caravane de sel


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