La maison d’édition et la librairie des voyageurs au long cours

Transboréal réunit dans son sillage, outre ses 132 auteurs, 161 autres voyageurs francophones qui ont eu à cœur de découvrir une région du monde et d’en faire partager la découverte à travers des livres ou des films. Transboréal anime aussi une librairie de voyage dont les 5662 titres sont en ligne.


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Actualité :


  • L’Âme du Gange, par Tanneguy Gaullier (dédicace), Librairie La Géothèque, 14, rue Racine, Nantes (44000), le samedi 2 juillet de 11 h à 13 h 30.

  • 28e Festival des globe-trotters, Opéra de Massy, Massy, du vendredi 30 septembre au dimanche 2 octobre, de 10 h 30 à 20 h.

  • Interview de la semaine : François Lantz

    Une histoire de géographie


    À quand remonte votre passion pour l’histoire ?
    L’histoire, et la géographie, ajouterai-je, se sont imposées d’emblée pour moi comme un moyen de prolonger les récits qui peuplaient ma bibliothèque. Je me souviens avoir passé des après-midi à relier les aventures qui me fascinaient à telle partie du monde ou période de l’histoire. L’histoire et la géographie entretenaient alors l’espoir de découvrir un jour par moi-même ces lieux magiques : le Mississippi de Tom Sawyer, l’Alaska de Croc-Blanc, le Kafiristan de Daniel Dravot, les steppes de Michel Strogoff. C’est donc enfant que j’ai ouvert mes premiers atlas et complété mes lectures par des leçons d’histoire. Plus tard, les mêmes causes produisant les mêmes effets, je me suis inscrit en licence d’histoire à l’université pour approfondir ma connaissance de l’Islam.

    Quel est votre explorateur favori ?
    La période des Grandes Découvertes me fascine, et peut-être plus encore le Moyen Âge dont les références sacrées et profanes nous paraissent aujourd’hui si étrangères. C’est à mon goût l’une des périodes les plus riches de l’histoire, qui a connu des voyageurs au regard étonnant, comme Guillaume de Rubrouck ou Ibn Battûta. S’agit-il à proprement parler d’explorateurs ? Je n’en suis pas sûr, mais ma préférence leur revient, comme à toutes celles et tous ceux qui partent en gardant intacte leur curiosité. Un objectif d’exploration trop précis peut parfois river ce regard au loin et le voyage devenir une course vers l’arrivée. Si Nicolas Bouvier et Thierry Vernet s’étaient précipités en Inde, jamais le premier n’aurait écrit L’Usage du monde. Nicolas Bouvier est-il un explorateur ? Sans doute pas, mais il compte parmi les voyageurs qui m’inspirent.

    Quel récit de voyage ancien vous a le plus fait vibrer ?
    Les lettres de certains jésuites sont vraiment édifiantes, de même que l’impressionnante Histoire des Indes de Bartolomé de Las Casas, rédigée à son retour du Nouveau Monde. Je suis fasciné par de tels témoignages, tout comme par ce que j’appelle les « récits des premiers jours », qui saisissent les premiers contacts entre des populations sur le point de basculer dans une histoire (souvent tragique au départ) commune. L’étonnement et l’intensité du regard sont à leur comble. Pour l’aventure, le thème de l’inaccessible reste une source de récits captivants. J’aimerais ainsi écrire une histoire des villes interdites au XIXe siècle (Lhassa, Tombouctou, Boukhara, La Mecque), qui inspirèrent des entreprises parfois rocambolesques et toujours pleines de suspens. Je pense bien sûr au voyage de Vambéry ou à celui, moins connu, de Frederick G. Burnaby en Asie centrale. Dès qu’il faut se déguiser pour avancer, le plaisir de la découverte se double de celui, plus piquant, de la transgression. Enfin, pour leur courage, les Britanniques, ont marqué l’histoire des grandes explorations. L’Odyssée de l’Endurance, de Shackleton est, de ce point de vue, un livre inoubliable.

    Quels vous semblent être les écueils du récit de voyage et, plus particulièrement, du récit de voyage ancien ?
    À partir du milieu du XIXe siècle, le récit de voyage se formalise. Il devient un genre littéraire, avec ses conventions, ses figures imposées. D’un continent à l’autre, les histoires se ressemblent, les regards et les voix sont les mêmes. Tout cela est un peu lassant. Il faut franchir ce barrage, plus large qu’on ne l’imagine, pour capter à nouveau une sensibilité particulière. Actuellement, la quête artificielle de l’exploit me désespère ! Que ne faut-il pas inventer pour faire vibrer le public ? Je préfère mille fois le récit d’une belle ascension, au cours de laquelle l’auteur parlera de la vie de la montagne, à celui d’une « victoire » spectaculaire de « l’homme sur la nature »…

    Quels sont les autres récits anciens que vous songez à publier dans la collection « Voyage en poche » ?
    L’exploration de l’intérieur de l’Australie est le parent pauvre, en langue française, de la littérature de voyage. Presque aucun récit de cette fascinante histoire n’a été publié. J’aimerais contribuer à combler cette lacune. En parlant d’ascension, il en est une, du mont aujourd’hui connu sous le nom de McKinley, en Alaska, dont la simplicité touche à la grâce. J’espère la proposer bientôt. Enfin, je suis en train de mettre la dernière main à un récit du XVIIIe siècle, drôle et aventureux, qui conduira le lecteur d’Europe jusqu’en Inde, en pleine guerre de Mysore. Au programme : amours périlleuses, déguisement, traversée de désert, tempête, brigands, naufrage, captivité, et toujours honneur et fidélité. Un régal !

    Propos recueillis par Émeric Fisset


    François Lantz a présenté, établi et annoté le récit Voyage à la mer polaire de George S. Nares dans la collection « Voyage en poche ».

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