La maison d’édition et la librairie des voyageurs au long cours

Transboréal réunit dans son sillage, outre ses 114 auteurs, 160 autres voyageurs francophones qui ont eu à cœur de découvrir une région du monde et d’en faire partager la découverte à travers des livres ou des films. Transboréal anime aussi une librairie de voyage dont les 5276 titres sont en ligne, ainsi que le cycle de conférences « Regards de voyageurs ».

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Actualité :


  • 24e Festival international de géographie sur le thème « Les îles britanniques », Institut Nicolas-Copernic, Saint-Dié, du vendredi 3 octobre au dimanche 5 octobre, de 9 h à 19 h.

  • Pagaies vagabondes, par Frédéric Gilbert (conférence et dédicace), Maison des Libellules, 9, place de l’Église, Chaillé-sous-les-Ormeaux (85310), le jeudi 9 octobre de 20 h 30 à 22 h 30.

  • Interview de la semaine : Lodewijk Allaert

    Par ponts et par eau


    Après le surf, le kayak… Comment décrire votre attirance pour l’élément aquatique ?
    Être attiré par l’eau, c’est être à l’écoute du vivant et de ses origines. C’est dans l’eau et de l’eau qu’est née la vie. Cet élément couvre 70 % de la planète, constitue 97 % de l’organisme du fœtus, 65 % de celui de l’adulte, se trouve dans chacune des milliards de cellules qui nous composent ; même nos dents et nos os en contiennent. Par ailleurs, selon un point de vue plus philosophique que biologique, j’associe l’élément aquatique au mouvement, au lointain et donc au voyage, à l’esprit d’aventure et de liberté. Se trouver sur un surf ou dans un kayak, c’est être connecté au grand magma qui relie tous les confins de notre magnifique planète bleue.

    Comment naquit votre envie de suivre le Danube puis les rivages de la mer Noire jusqu’au Bosphore ?
    J’ai vécu deux ans sur la plaine de Pannonie, où s’étend la steppe hongroise qu’on appelle Puszta. L’absence de mer et de relief provoque avec le temps une sorte de « mal de terre » dans lequel le mouvement du corps et de l’esprit s’enlise. Un état d’âme particulier qu’ont superbement exprimé de grands poètes magyars tels que József Attila ou Endre Ady. Il existe néanmoins une rupture de cet engourdissement terrestre : le Danube. En traversant la Hongrie du nord au sud, le mouvement de ses eaux transgresse l’immobile avec une puissance quasi hypnotique, à laquelle je n’ai su résister et qui m’a porté jusqu’à l’extrémité du continent européen, à Istanbul.

    Ce voyage en kayak a-t-il modifié votre vision de l’Europe de l’Est où vous avez habité ?
    Une question qui m’effleure souvent et que j’aborde dans Rivages de l’Est est celle de l’État. Imaginez que demain sonne la fin de notre système politique et économique. Que tout ce sur quoi nos repères et nos habitudes sont fondés s’effondre. Cela ressemble à de la science-fiction post-apocalyptique et pourtant c’est la réalité postsoviétique d’une partie de notre Europe depuis plus de vingt ans. Dans ce contexte, beaucoup confient leur destin à un modèle occidental rassurant tandis que d’autres ne croient plus au cadre rigide des États. Ils aspirent à une posture ex-status de citoyens affranchis, laissant davantage de place à leurs choix et à leur volonté.

    Un avantage et un inconvénient du voyage en couple ?
    Il faut avoir de la complicité, de la complémentarité et une grande considération mutuelle pour pouvoir partager ce genre d’expérience. Dans des états extrêmes de fatigue, chacun est amené à caresser les limites de ses possibilités, et bien connaître son partenaire se révèle un atout essentiel. Paradoxalement, le lien affectif qui permet de mieux comprendre l’autre peut aussi devenir un obstacle dans un choix d’équipe. À ce moment, il ne faut plus être avec sa chère et tendre mais avec la coéquipière qui a décidé de s’engager dans l’entreprise. Le but étant, bien évidemment, qu’une fois le voyage achevé, l’aventure du couple continue.

    Quels auteurs ont le mieux décrit le Danube et l’Europe de l’Est ?
    Concernant le Danube, il sera difficile de trouver un ouvrage aussi abouti que Danube, de Claudio Magris. Quant à l’Europe de l’Est (disons plutôt du Sud-Est), j’aime me tourner vers des auteurs iconoclastes comme le Polonais Andrzej Stasiuk et son réalisme poétique ou le Roumain Emil Cioran, qui décrit assez peu la région d’où il vient mais dont l’écriture à vif se libère de l’absurdité d’un siècle meurtrier et totalitaire.

    Propos recueillis par Antoine Dectot de Christen


    Lodewijk Allaert a publié Rivages de l’Est dans la collection « Sillages ».

    Archives des interviews

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