Le voyage à cheval



Si l’on dispose de temps, il n’est pas nécessaire d’avoir une expérience équestre considérable pour entreprendre une ambitieuse chevauchée. Avant mon premier voyage, je n’avais qu’une centaine d’heures de randonnée à mon actif, complétées par une semaine passée auprès d’un maréchal-ferrant. J’avais par ailleurs rencontré Émile Brager et « potassé » son Techniques du voyage à cheval. Ayant jugé qu’il était difficile de trouver le matériel en Patagonie, je l’ai acquis en France : une selle de monte et une selle de bât, deux fontes et deux sacoches, ainsi que deux caisses de bât en contreplaqué doublé de fibre de verre. Puis, dans la région argentine d’El Turbio, où un gaucho m’hébergeait, j’ai cherché des chevaux. À l’estancia Stag River, qui est renommée pour son élevage, j’ai passé plusieurs jours à choisir deux montures de pure race criollo. Le premier cheval que j’ai essayé m’a jeté à terre après un galop effréné ! Puis un autre, hongre, appelé Captain, m’a été cédé pour environ 800 euros, au motif qu’il était le plus soumis. Colebra, une jument qui est habilitée à produire également des quarter horses, m’a coûté 500 euros. Toutefois, la plupart des chevaux peuvent se négocier à quelque 400 euros. J’ai chargé mes caisses, qui en pesaient déjà huit, de quinze kilos de matériel chacune : deux semaines de vivres, tente, duvet, réchaud, entraves, longes et piquets, matériel à ferrer – pince, râpe, huit fers. J’ai rempli mes sacoches avec jumelles, gourde, boussole, cartes et poncho. Sur la selle, j’ai placé une peau de mouton comme on en utilise là-bas. Mon départ de l’estancia Stag River fut mouvementé. Au début, l’un ou l’autre de mes chevaux réussit à s’enfuir les premières nuits. Puis, très vite mais non sans difficultés, j’ai dû leur apprendre à traverser les ponts et les rivières, à ne pas craindre de s’enfoncer dans les tourbières. Rapidement aussi, ils ont dû s’adapter au terrain montagneux et au franchissement des pierriers. Captain et Colebra m’ont ouvert la porte des estancias, où l’on sait que se déplacer à cheval dans le vent de la steppe use et fatigue, et m’ont ouvert le cœur des gauchos. Depuis je suis retourné quatre fois en Patagonie et y séjourne maintenant à chaque été austral. Colebra m’a donné de beaux poulains, et j’ai acquis d’autres jeunes chevaux que je débourrerai prochainement. En attendant c’est donc avec Captain que je continue d’explorer la région avec une configuration réduite : abandon des caisses de bât et adoption de la selle argentine. Le cheval de bât, que je n’utilise que pour les grands déplacements, ne me sert plus qu’à collecter des crânes de vaches et autres curiosités locales. Mon peu d’affaires personnelles tient dans les sacoches, tente et sac de couchage ayant été abandonnés. Les couvertures qui font office de tapis de selle suffisent au bivouac.

Par Marc-Antoine Calonne
En savoir davantage sur : Marc-Antoine Calonne
© Transboréal : tous droits réservés, 2006-2024. Mentions légales.
Ce site, constamment enrichi par Émeric Fisset, développé par Pierre-Marie Aubertel,
a bénéficié du concours du Centre national du livre et du ministère de la Culture et de la Communication.