Éléments d’hydrographie himalayenne



L’Himalaya, fantastique réceptacle des moussons, reçoit des mètres de précipitations, en quelques mois, sur ses versants sud. Contrairement aux autres grands massifs, il n’est pas un seuil de partage des eaux. Les trois fleuves qui y naissent – Brahmapoutre, Indus et Gange – se jettent tous dans l’océan Indien, mais ne suivent pas le même cheminement.
Les deux premiers fleuves naissent sur le plateau tibétain, contournent toute la chaîne himalayenne, l’un par l’est, l’autre par l’ouest, avant de la forcer à travers des gorges sans fond pour atteindre la mer. Le Brahmapoutre est alimenté par des affluents qui s’écoulent vers le nord depuis le revers de la crête axiale et par les exutoires de certains lacs septentrionaux. Appelé d’abord Tsangpo, Maquan He puis Zangbo Jiang, le fleuve s’incurve au sud à hauteur du Namche Barwa qu’il contourne par l’est dans une faille démesurée. À l’autre bout, l’Indus parcourt le Ngari tibétain, reçoit le Gar Zangbo juste avant la frontière indienne, longe le Ladakh, se gonfle des eaux de la Zanskar et de la Shyok avant de bifurquer, à hauteur de Gilgit, dans un gigantesque canyon pour recevoir le Sutlej plus au sud.
Le bassin hydrographique du Gange attaque de front la chaîne himalayenne. Ses affluents coulent vers le sud pour rejoindre le bras principal qui, lui, suit un cours orienté est-ouest, en retrait des montagnes. Dans la plaine indo-gangétique, il reçoit d’abord la Yamuna et la Ramganga, puis les rivières Mahakali, Karnali, Bheri et Seti qui drainent l’ouest du Népal avant de former la Ghanghara. Sillonnant le centre du Népal, Kali et Bhuri Gandaki, Bothe Kosi et Trisuli s’unissent en un affluent qui le rejoint à Patna. À l’est, l’Arun, la Sun Khosi et la Tamar se fondent en un tributaire, dit Sapta Khosi. Plus loin, au Sikkim, la Mahananda est le dernier affluent himalayen à alimenter le Gange avant sa jonction avec le Brahmapoutre. Le fleuve sacré qui baigne Bénarès, purifie les âmes et accueille les corps, doit ainsi la vie aux neiges de l’Himalaya.
Ces trois grands fleuves sont-ils antérieurs à l’apparition de la chaîne, qu’ils auraient continué de creuser au fur et à mesure de son soulèvement ? Ou bien sont-ils apparus à la suite d’une érosion rétrograde qui aurait fait remonter les fleuves de l’Inde actuelle, à forte capacité de charriage, vers ceux du Tibet actuel, qu’ils auraient ainsi captés et dirigés vers le sud ? Un raccordement de ce type menace ainsi le Tsangpo à hauteur de Lhatze et un affluent septentrional de la rivière Arun. L’unique certitude est que les moussons violentes modifient chaque année le cours des rivières, brisant les ponts, engloutissant les chemins, sapant l’Himalaya et bouleversant la vie des hommes.

Par Alexandre Poussin & Sylvain Tesson
Texte extrait du livre : Himalaya, Visions de marcheurs des cimes
En savoir davantage sur : Alexandre Poussin & Sylvain Tesson
© Transboréal : tous droits réservés, 2006-2024. Mentions légales.
Ce site, constamment enrichi par Émeric Fisset, développé par Pierre-Marie Aubertel,
a bénéficié du concours du Centre national du livre et du ministère de la Culture et de la Communication.