Interviews


À un an du départ, au sortir du Parque Nacional da Amazônia – État de Pará (Brésil)
Année 2011
© Siphay Vera

Morgan Monchaud – Un rêve solidaire
propos recueillis par Marc Alaux

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Morgan, comment est née votre envie de voyager ?
J’avais 18 mois lorsque j’ai embarqué sur le voilier Tikaï à bord duquel mes parents et moi avons navigué pendant sept années. Une telle enfance n’incite pas nécessairement à voyager ou à naviguer mais elle apprend à s’émerveiller et elle accroît la curiosité. Plus tard, durant l’adolescence, lorsque j’ai découvert le passé d’aventurier de mon père et son hivernage en Antarctique, j’ai commencé à lire les ouvrages qui l’avaient inspiré. J’ai alors su que je voulais vivre dans le triple plaisir du voyage et de l’aventure : l’attente, l’éblouissement et le souvenir.

Siphay, quelle est la genèse du projet Solidream et comment le vélo s’est-il imposé comme le mode de déplacement idéal ?
Solidream est avant tout une histoire d’amitié qui gravite autour de trois valeurs fortes : le rêve, les défis et le partage. Ce projet a vu le jour en 2008 lorsque nous nous sommes retrouvés à cinq autour d’un même objectif – réaliser un tour du monde à vélo ponctué de défis insolites, en trois années, avec un budget modeste et témoigner de notre expérience sous la forme de textes, de photos et de vidéos. Aucun d’entre nous n’est cycliste mais nous avons choisi le vélo pour ses avantages multiples et pour ce qu’il permet : l’autonomie, l’effort, son coût limité, son accessibilité et sa simplicité.

Brian, quelles leçons avez-vous tirées de ces trois années d’amitié sur la route ?
La vivacité de l’équipe m’a permis d’augmenter la confiance que j’avais en moi. Avec de tels amis, j’ai abordé les choses avec un entrain rare et précieux. Mon état d’esprit s’en est trouvé changé, mûri. Il est vrai que les frères d’aventure sont un miroir permanent qui nous fait prendre conscience de nos défauts, et l’amitié une voie fantastique pour progresser. Vivre ensemble a été le moyen de nous élancer en oubliant nos propres pesanteurs ; l’accueil bienveillant que nous avons reçu nous a donné une foi supplémentaire en l’homme.

Le souvenir le plus marquant de l’équipe ?
Dans les montagnes kirghizes, perdus sur les pistes boueuses de la vallée de Suusamyr, nous avons été pris dans une tempête de grêle. Sans attendre, nous avons dévalé la pente à la recherche d’un abri et, après quelques kilomètres, avons trouvé refuge chez de jeunes bergers. Leur accueil fut chaleureux, sincère et riche. Ils nous ont ensuite appris à glâner notre nourriture dans cette nature peu familière et nous leur avons appris à faire du vélo. Cette expérience, ajoutée à bien d’autres, est venue confirmer le désir de mieux connaître l’Asie centrale et d’y retourner, et pourquoi pas à cheval.

Un livre que vous conseilleriez en voyage ?
Le Sanglot de l’homme blanc, publié en 1983, dont les propos restent terriblement actuels. À l’époque où le tourisme de masse dénature parfois jusqu’à l’identité des peuples, l’essayiste Pascal Bruckner invite à appréhender l’étranger avec recul et intelligence, sans relation de domination entre pays riches et tiers-monde. Si, en tant que voyageur, je ne pourrai jamais « être l’ami de tous les hommes […], en élisant une patrie de cœur à des milliers de kilomètres de chez moi, je rends un hommage indirect personnel au principe d’extériorité ».

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