Interviews


Plage de Nexpa – Michoacán (Mexique)
Année 2010
© Kristel Michoux

Lodewijk Allaert – Des vagues à l’âme
propos recueillis par Marine de Bouillane de Lacoste

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Comment passe-t-on des plages de Dunkerque à celles du Mexique ?
Ayant eu la chance de grandir face à la mer, mon esprit s’est longuement imprégné d’immensité. Sous le magnétisme de l’horizon, j’ai ressenti très tôt l’appel du large, le voyage se présentant très naturellement à moi. J’ai vécu plusieurs années aux Pays-Bas, puis en Europe centrale, avant que les circonstances du destin m’amènent à m’installer outre-Atlantique. Au Mexique, j’ai découvert une nature grand format et renoué avec la pratique du surf. Les grosses houles du Pacifique m’ont plongé dans une dimension nouvelle et, même si le décor n’était pas celui des plages de la Flandre, grisé par le frisson du surf, j’ai retrouvé les sensations de mes premières vagues.

Le surf : sport ou mode de vie ?
Le surf peut aussi bien être vecteur d’intégration sociale, moyen thérapeutique, pratique traditionnelle, dérivatif occasionnel, sport, mode de vie ou autre. Tout dépend de ce que l’on veut en faire. Ceci dit, même si l’on décide de l’aborder comme un sport, on ne peut occulter la dimension naturelle de l’activité. Je veux dire par là que c’est quand même assez différent du sport en salle, par exemple. Tel un grimpeur en compétition d’escalade, le surfeur qui marque des points sur la vague reste connecté à la nature qu’il célèbre. Il est immanquablement au contact des puissances créatrices, ce qui, à mon sens, n’est pas sans conséquence sur sa perception du monde.

Quelles sont vos références en matière de cinéma, de musique ou d’art en lien avec le surf ?
Au cinéma, les scénarios se nourrissent trop souvent de clichés. Je ne suis pas un fervent admirateur du genre. Exception notable cependant, celle du film documentaire The Endless Summer, dans lequel on retrouve l’esprit des surfeurs pionniers. Je crois que la musique honore mieux la discipline que ne le fait le cinéma. On connaît forcément l’un de ces airs des Beach Boys ou la musique acoustique de l’ex-surfeur professionnel Jack Jonhson. Sans oublier Dick Dale, père de la surf music, auteur de « Misirlou » : le titre référence de la bande-son du film Pulp Fiction. Les vagues sont, par ailleurs, une source de fascination et d’inspiration pour les artistes. On trouve d’innombrables représentations de l’onde océanique dans la peinture, dont la plus célèbre est l’estampe ukiyo-e de Hokusai. Nous avons tous déjà vu cette Grande Vague de Kanagawa semblable à un gigantesque tsunami, s’apprêtant à engloutir un mont Fuji minuscule.

À quoi ressemble la vague parfaite ?
Je n’en ai aucune idée. Peut-être qu’un surfeur qui aurait cette réponse s’arrêterait de surfer. C’est justement l’hypothèse, la quête d’une vague parfaite qui pousse à la curiosité et aux voyages. Je me souviens m’être trouvé de longs instants enveloppé d’une volute aux couleurs irréelles, glissant à toute vitesse à l’intérieur d’un ventre mouvant et hypnotique. La sensation que m’offrait cette vague était d’une intensité rare, j’étais subjugué. Je ne sais pas si cela tend à la perfection, mais je sais que cela existe, que quelque part m’attendent d’autres expériences inouïes.

Vous sentez-vous proche d’un auteur ayant écrit sur la mer ?
J’ai grandi dans une rue portant le nom du célèbre explorateur polaire Jean-Baptiste Charcot. Je ne sais pas si le destin d’une vie peut tenir au nom d’une rue, mais son parcours incroyable m’a fortement influencé. Sur les bancs de la fac, j’ai étudié l’histoire de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales à travers le journal de bord du capitaine hollandais Willem Ysbrantz Bontekoe ; autre révélation. Puis, il y a aussi La Longue Route de Moitessier, Naufragé volontaire de Bombard et L’Expédition du Kon-Tiki de Thor Heyerdahl : des récits fabuleux d’hommes qui ont su accorder leur vérité à celle de l’aventure du grand large.

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