Interviews


Revigny-sur-Ornain – Meuse (France)
Année 2009
© Philippe Nicolas

Philippe Nicolas – Un doux poisson dans l’âme
propos recueillis par Matthieu Delaunay

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Comment naquit votre inclination pour la pêche ?
Mon père est issu d’une famille paysanne et j’ai grandi dans une ferme bordée par une rivière, le Blaiseron. À 7 ans, j’ai exprimé l’ardent désir de pêcher. Ma mère m’a acheté une canne en bambou toute simple avec un flotteur, et je suis parti avec mon père et mon frère jumeau. Au cours de ma première sortie, j’ai attrapé trente ou quarante vairons… Ce fut une révélation ! Une fenêtre s’ouvrait pour moi vers un monde sensible et vivant, vers une faune et une flore extraordinaires. J’ai entendu l’appel de la rivière, l’appel de la vie, et j’y ai répondu.

Décrivez la partie de pêche idéale.
Il y en aurait deux. D’abord, partir avec un ami en souhaitant qu’il prenne le plus gros, le plus beau poisson. Vivre cette amitié dans un espace-temps simplement physique et vibrer, communier par les mêmes sensations. Ce serait un moment exceptionnel ! Et puis, il y aurait la partie de pêche intuitive, celle où il faut laisser agir son instinct pour « aller vers son risque et imposer sa chance », comme disait René Char. Pour pêcher le poisson migrateur, il faut de l’intuition, de l’audace : il faut se surpasser.

Quel regard portez-vous sur la nature en pêchant ?
Un regard global, avec la conscience d’intégrer un tout. Lors d’une partie de pêche, on est dans un autre monde. Le pêcheur est acteur, il n’est pas du tout dans la pensée. Il est « présent à lui-même », mais d’une présence qui va avec la conscience. Il s’interroge, il est curieux et accueille ce qui se passe autour de lui. C’est un observateur hors pair animé par une certitude : il faut être digne de ce qui nous attire.

Parlez-nous de l’atelier « pêche et nature » de Bury.
Cet atelier s’inscrit dans une quête de vérité. L’idée est simple : donner conscience aux enfants qu’un poisson, avant qu’il soit pané ou congelé, a été pêché ou harponné. Permettre aux jeunes de découvrir un rapport au temps qui change, de vivre au gré des courants, des vents, des humeurs du poisson. C’est une aventure qui a débuté en 1994 et qui continue encore aujourd’hui. Le succès est modeste mais réel : quand l’enseignant que je suis voit un jeune, qui participe à toutes les sorties de pêche depuis des années, monter des mouches bien mieux que lui, c’est très flatteur, très beau.

Un auteur amateur de pêche a-t-il votre préférence ?
J’aime beaucoup La Truite de Saint-Christol de Raoul Dhombres. C’est l’histoire d’un voyageur, un homme qui est donc étranger au terroir dans lequel il pêche, qui noue une relation avec un poisson énorme. L’auteur prête à cette truite tout un mythe qui forme un récit absolument extraordinaire. Maurice Genevoix est aussi un écrivain qui m’est cher. La Boîte à pêche est la preuve que, par l’écriture, il voulait redonner du sens et de la vitalité à sa vie qu’il avait failli perdre au cours de la Grande Guerre. Et puis, il y a L’Enfant et la Rivière d’Henri Bosco, un éloge de la rivière, source de tous les trésors pour l’enfant.

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