Interviews


Dune de Khongor – Ömnögov’ (Mongolie)
Année 2004
© Sylvain Tesson

Thomas Goisque – Des voyages en couleurs
propos recueillis par Matthieu Delaunay

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D’où vient votre passion pour la photographie ?
En réalité, il ne s’agit pas d’une passion pour la photographie mais pour le voyage. J’ai grandi dans une maison en bordure de la forêt de Compiègne. Enfant, je passais des heures à courir les bois avec mes frères. Comme j’étais mauvais élève, j’ai passé un bac option dessin, puis je suis rentré aux Arts déco et il m’a fallu me spécialiser. Or, la seule spécialité qui menait réellement au voyage, c’était la photographie. J’ai tout découvert là-bas. Je n’avais aucune connaissance et, aujourd’hui encore, je ne suis pas un grand technicien.

Vous avez photographié des soldats, les steppes, la route du vin, les océans : dans quel élément vous sentez-vous le plus à l’aise ?
Partout en fait. Ce que j’aime faire, c’est partager des aventures humaines. Que ce soit sur la jonque Sao Mai, à moto au Kirghizistan ou avec un bataillon de chasseurs alpins, ce qui me plaît, c’est de raconter des histoires. J’ai une grande affection pour ce qui a trait à l’armée. La Bosnie, l’Irak et, dernièrement, l’Afghanistan avec Bertrand de Miollis et Sylvain Tesson ont été des expériences très fortes, mais j’ai eu autant de plaisir à enfourcher la moto au Chili, sur la route des vins.

Ne ressentez-vous pas de frustration à photographier « le voyage des autres » ?
Non, parce que j’ai toujours essayé de faire les voyages avec ceux que je partais photographier. J’ai passé six mois sur la jonque, plus de deux mois avec Sylvain Tesson, deux mois avec les chasseurs alpins. Avec eux, j’ai navigué, marché et mangé. J’ai partagé leurs aventures. Et puis, je suis à l’origine de certains raids dont j’étais nécessairement l’acteur. Aujourd’hui, je suis marié et père de quatre enfants ; il m’est donc difficile de partir six mois. Or, le temps est le luxe absolu du photographe… il se trouve que j’en ai de moins en moins.

Que doit-il y avoir dans une photographie de voyage réussie ?
Ce qui régit mon acte de photographe, c’est l’histoire que je veux raconter, ce que je souhaite montrer. Bien entendu, la lumière est un élément prépondérant, inévitable : pour faire de belles images, il faut se lever tôt et se coucher tard. J’ai besoin qu’un lieu soit étonnant, que l’action soit photogénique. Le reste, le résultat, c’est la patte du photographe qui le donne. Je n’ai pas vraiment de secret, c’est surtout intuitif.

Un photographe vous a-t-il influencé ou vous influence-t-il dans votre travail ?
Je suis d’un grand classique ; pour moi, le photographe absolu, c’est Robert Capa. Ce type a fait tout ce que j’aurais aimé faire : photographier le débarquement ou la guerre d’Indochine, vivre dans le Paris des années 1950. J’ai grandi dans un univers où se côtoyaient Pierre Joubert et Pierre Schoendoerffer. S’ils m’ont inspiré, je n’ai pourtant jamais voulu être reporter de guerre alors qu’après mon séjour en Bosnie, cela aurait pu être facile. J’ai toujours voulu ne pas être trop marqué. Avant tout, je suis un photographe d’action.

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