Interviews


Paris (France)
Année 2009
© Matthieu Raffard

Albéric d’Hardivilliers – Partir dans une démarche créatrice
propos recueillis par Matthieu Delaunay

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Votre voyage au Proche-Orient fut un déclic ?
Avec mon ami Matthieu Raffard, j’ai fait à 17 ans une incursion en Irlande. Le Proche-Orient nous a ensuite semblé idéal pour assouvir notre quête physique, intellectuelle voire mystique. Ce fut physiquement très éprouvant. Nous sommes partis l’année d’une canicule record ; à l’intérieur des maisons, on avoisinait les 50 °C ! Donc nous pédalions très tôt le matin et tard le soir. Tout ça implique de longs moments de solitude et d’ennui. Nous avons beaucoup lu, réfléchi et l’envie de produire, d’écrire et de photographier s’est fait sentir. Depuis, j’ai gardé l’envie de voyager mais le dépassement physique n’est plus une priorité.

Comment voyagez-vous maintenant ?
Avant de découvrir le voyage en compagnie de Matthieu, j’étais un pur sédentaire. Je suis devenu voyageur par hasard mais l’idée de dépaysement ne m’intéresse pas. Je pars pour « rien ». Je ne sais jamais vraiment où je vais avant de partir. J’aime le fait, la simple idée de me déplacer. Je voyage toujours pour un laps de temps assez long. Le voyage est un moyen pour me mettre dans un état intellectuel second, supérieur. Et je recherche toujours des lieux qui m’inspirent.

Chaque voyage est donc lié à une production littéraire ou artistique ?
Toujours. Il ne m’est pas possible de partir autrement que dans une démarche créatrice. Le rythme parisien est épuisant et use ma capacité créatrice. Depuis trois ans, je m’installe régulièrement dans des villes comme Londres, New York, et bientôt Saigon. En arrivant, je ne fais rien les cinq premiers jours parce que j’ai la chance d’avoir « le temps d’avoir le temps », idéal pour penser et réfléchir. Ensuite débute le processus créatif.

Quel est pour vous le plaisir de la lecture en voyage ?
Je voyage toujours avec des livres que je choisis, comme les destinations, de manière assez aléatoire. C’est une alchimie entre les livres et les paysages que je vais traverser. En voyage, je lis énormément parce que lire pour moi, c’est occuper l’espace. Ce qui m’attire dans un texte, c’est d’abord et avant tout la langue, une sorte de retour à l’enfance. C’est un moment durant lequel je me retrouve et évite la solitude… que je pars pourtant chercher !

Un livre de Julien Gracq vous a particulièrement marqué ou influencé ? Pourquoi ce livre et cet auteur ?
Un jour, je flânais devant la bibliothèque familiale et j’ai été accroché par Au château d’Argol… Je l’ai lu, j’ai adoré. Pourtant, je n’ai absolument rien compris ! Mais c’était un peu le livre que j’aurais aimé écrire, la voix qui me parlait le mieux. Depuis, Gracq est un refuge. Il a une écriture telle que ses descriptions sont plus vivantes que la réalité, cette capacité proprement inouïe à observer les mouvements de l’âme avant même leur apparition. Cet homme met une attention particulière aux nuances insaisissables.

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