Interviews


Ténéré (Niger)
Année 2005
© Paul Lorsignol

Jean-Pierre Valentin – À l’écoute du désert
propos recueillis par Matthieu Delaunay

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Votre deuxième incursion en Afrique semble vous avoir mené vers les nomades ?
En traversant une partie de l’Afrique à pied, j’étais en quelque sorte déjà dans un cheminement nomade. Tout au long du parcours qui m’a mené de Dakar jusqu’au lac Tchad, j’ai eu la chance de rencontrer de nombreux bergers et habitants du désert. Une fois rentré, j’ai éprouvé le désir de repartir plus longtemps en m’installant dans les campements. Le but n’était plus de cheminer vers une destination précise mais d’aller au rythme, souvent soutenu, de ces peuples guidés par leurs bêtes.

Votre métier de conférencier vous permet-il d’entretenir votre passion ?
C’est évidemment un excellent moyen de maintenir une relation avec les régions arpentées. Monter un film, écrire un livre, donner des conférences permet de nourrir son expérience de voyage. J’apprécie particulièrement le fait de poser mon sac et de coucher sur le papier mes impressions. Adolescent, je vivais intensément mes voyages sans trop prendre le temps de m’arrêter ; aujourd’hui je suis beaucoup plus dans la réflexion. Et s’il m’arrive de partir pour des périodes courtes avec aucun autre but que celui de rendre visite à mes amis, je fais en sorte de mettre mes voyages à profit et d’améliorer ma connaissance de ces régions.

Au désert, qu’est ce que le thé du soir ?
J’ai souvenir de ce moment au cours d’une traversée du Ténéré. Les caravanes sont une épopée difficile : il fait très chaud, on marche dix-huit heures par jour sans s’arrêter, on dort très peu la nuit qui est d’ailleurs souvent froide. L’organisme est donc soumis à rude épreuve. Servi en marchant, ce petit verre de thé est le grand moment de la journée puisqu’il marque un moment de paix et de répit après la fournaise. Et comme il est dégusté avant la tombée du crépuscule, la lumière est splendide, les ombres étirées sur un sol vaste et plat, sur des tons orangés… quel spectacle extraordinaire !

Comment définiriez-vous l’âme nomade ?
Les nomades sont très imprévoyants en dépit du vieux dicton de ses régions qui prévient qu’« Au désert, on a toujours le hasard contre soi ». Ils sont aussi très fatalistes et ont une propension à l’acceptation extraordinaire. Face à leur destin, aux aléas de la vie, pourtant très rude, ils dégagent une force et une sérénité incroyables. Enfin, ils ont une soif de liberté intarissable, un besoin de se déplacer continuellement, une force vitale qui les pousse en avant.

Selon vous, quel écrivain parle le mieux du désert ?
Roger Frison-Roche m’a énormément marqué. Tout me plaît dans ses livres parce qu’il est facile, abordable, et que ses textes sont extrêmement concrets. Le Clézio m’a beaucoup touché aussi notamment dans son livre Désert. Il y décrit formidablement bien le désert et la vie des « gens des nuages ». Saint-Exupéry a également écrit de très belles choses. Tous ces auteurs ont construit mon imaginaire, mon envie d’écrire et c’est toujours avec beaucoup de plaisir que je les relis.

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