Interviews


En mer, à bord de Damien
Année 1973
© Jérôme Poncet

Gérard Janichon – Paré à hisser les voiles !
propos recueillis par Matthieu Delaunay

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Comment ce voyage à bord de Damien a-t-il nourri votre amitié avec Jérôme Poncet ?
Notre relation avec Jérôme a débuté sur les bancs de la même école et les cinq ans de préparation nous ont permis d’affiner notre amitié et de la solidifier. Nous avions à peine 20 ans en partant ; ce voyage fut pour nous deux un cheminement initiatique, une expérience différente pour chacun, forte et complémentaire. Nous sommes devenus des jumeaux, très différents, mais inséparables dans de nombreux domaines. Oui, je crois qu’on peut dire que le voyage a fait mieux que de nourrir notre amitié, il l’a transcendée. Elle a évolué avec le temps, mais quand nous nous retrouvons (ce fut encore le cas en 2010), c’est comme dans le carré du petit Damien : nous sommes les mêmes.

Dans quel état d’esprit rentre-t-on d’une telle équipée ?
Une équipée, c’est une aventure ponctuelle, une virée, un raid. Pour nous, Damien, c’était davantage. C’était une philosophie de la vie, de l’action, une école du dépassement, de la découverte, de l’émerveillement quotidien. Ce que j’en ai retenu, c’est qu’on ne doit pas avoir peur de l’inconnu, parce que c’est derrière lui que se tiennent les vérités essentielles, celles qui nous permettent de penser en homme, d’en mériter le nom.

En quoi la voile représente-t-elle pour vous le type de voyage idéal ?
La voile présente l’avantage de la lenteur, de l’approche douce et non violente des beautés naturelles : la mer, les fleuves, les mouillages, la glace, les animaux et les gens. Une voile ne fait peur à personne, ne dérange personne. Et si on regarde le côté pragmatique, le vent est toujours gratuit, même si les voiliers sont de plus en plus chers ! Sur le plan personnel, la voile conduit facilement à la contemplation, donc au recul et à la réflexion par rapport à un tout.

Pourquoi vous êtes-vous retiré sur l’île de Ré ?
Le hasard de la vie m’a ramené vers l’île de Ré car tous mes voyages en bateau ont débuté et se sont achevés ici. C’était le sas obligé avant l’océan ou les retrouvailles avec la civilisation. Les lumières y sont belles et particulières, le climat très privilégié. Quand on y a goûté, on a du mal à se convaincre qu’on serait beaucoup plus en harmonie avec soi-même dans une île bretonne, au caractère sauvage et rude !

De quels livres était composée la bibliothèque de Damien ?
Notre vocation, notre intuition de vie plus exactement, n’est pas née de la lecture de récits d’aventure. Ceux-ci sont venus après, durant la préparation, et souvent comme des informations confortant le projet. Contrairement à ce qu’on pense souvent à notre propos, nous n’avons rien à voir avec Jack Kerouac, que j’ai découvert longtemps après. La bibliothèque de Damien, pas mal fournie pour un si petit bateau, était très éclectique et elle tournait. On y croisait souvent Gary, Saint-Exupéry, Steinbeck, Hemingway, Chatwin, Salinger, des livres d’exploration, de poésie – Pessoa, Michaux, Cendrars – ou encore des polars…

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