L’amour de l’art inuit

À la suite de ses voyages auprès des Inuit, Martine Léna cherche à sensibiliser le public à leur art vif et méconnu.


À Paris, derrière Beaubourg, au 9 de la rue Saint-Merri, s’ouvre une blanche galerie d’objets en pierres sombres. C’est là que Martine Léna, depuis quinze ans déjà, défend et fait connaître les artistes du Keewatin et de la terre de Baffin. Un voyage au Canada est à l’origine de sa passion. En 1990, avec Maurice, son mari architecte, elle s’enthousiasme pour les sculptures inuit des galeries de Québec et de Montréal, devant « cet art ancré dans la vie, solide et réconfortant ». Elle-même artiste peintre, Martine Léna se souvient avec émotion des visages mystérieux émergeant d’un bloc de stéatite sous le ciseau de Lucy Tasseor Tutsweetok, qu’elle est allée rencontrer quelques années plus tard à Arviat, dans le Nunavut. « C’est vraiment l’émotion esthétique qui nous a menés jusqu’aux Inuit. Nous sommes repartis du Canada avec deux sculptures sous le bras et le projet de fonder une galerie. »
Sitôt de retour, le couple se mit en quête d’un local d’exposition. « En deux mois seulement, nous avons aménagé ce havre, et les œuvres que nous étions repartis chercher sont arrivées la veille de son inauguration, en octobre 1990. » Dans cet espace que la galeriste qualifie volontiers de « lieu de ressourcement », le visiteur découvre un chamane qui bat du tambour, tout juste jailli de l’étrange matière alvéolaire des vertèbres de baleine, un ours chasseur ou dansant sur un pied, une femme qui porte son enfant dans le capuchon de son amauti ou enfin des phoques fusiformes, le museau levé. « Il n’y a jamais d’agressivité dans cet art ; on y décèle souvent de l’humour. Parfois fantastique – animalier ou chamanique –, il n’est jamais effrayant. Même quand il s’agit de La Peur de Judas Ullulaq par exemple, il est toujours touchant. » Les sculptures expressionnistes des débuts céderaient-elles le pas à des œuvres plus figuratives et artisanales ? « Malgré une relève certaine, répond Martine Léna, les artistes vieillissent. Cet art, qui leur permet notamment de bénéficier d’un crédit auprès de l’épicerie coopérative, est l’identité même des habitants du Nunavut. Il faut qu’il reste celui d’artistes qui impriment leurs émotions fortes, face à une nature puissante, dans la matière brute ou polie. » Nul doute qu’à sa manière la galerie Saint-Merri y contribue longtemps encore.
Galerie Saint-Merri : art inuit
9, rue Saint-Merri
75004 Paris
tél. 01 42 77 39 12
site www.artinuitparis.com


Portrait rédigé par : Émeric Fisset
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