Sylvain Tesson est parti en juin 2006 de la rive ouzbèke de la mer d’Aral avec l’intention de suivre à pied et à vélo quelques-uns des oléoducs et gazoducs qui dessinent à la surface de l’Asie centrale et du Caucase des lignes de tension entre les nations mais aussi des axes de force géopolitiques. Il a longé sur 3 000 kilomètres le tracé de ces tubes à travers des régions caractérisées par des situations politiques instables et des géographies tourmentées. Profitant de ce séjour en des terres à haute valeur énergétique, il a par ailleurs consacré ses trois mois de progression solitaire à réfléchir à la notion de « force vitale ». L’être humain possède au fond de ses profondeurs géologiques un gisement d’énergie que des forages propices peuvent faire jaillir. Qu’est ce qui nous pousse à agir ? Qu’est-ce qui nous maintient en tension ? Pourquoi l’élan intérieur est-il réparti si inégalement chez les uns et les autres ? Comment puiser les réserves au fond de soi ? Comment libérer nos forces, comment les transformer en action ? C’est ce genre de questions qui a nourri son avance, convoquant ses ressources physiques pour tailler la route à travers un univers de prédation industrielle des réserves naturelles. Sylvain Tesson a ainsi suivi le réseau des oléoducs et gazoducs caspiens jusqu’à Bakou, puis jusqu’à la Turquie orientale, via l’Azerbaïdjan et la Géorgie. Il retrace le road movie de l’or noir des steppes. Il raconte la vie dans les stations russes délabrées, les bases de sismologues échouées dans la désolation de l’Oustiourt, les stations gazières plantées au fond de feu la mer d’Aral, les plates-formes off-shore européennes ultra-technologiques, les champs de derricks centenaires de la capitale azerbaïdjanaise. Il décrit la vie des forçats du pétrole – Kazakhs, Ouzbeks, Caucasiens, Russes, Ukrainiens –, employés au forage, soudant les tubes, commandant les valves, réglant la pression, fouillant les strates dans la fournaise de l’été touranien. Il rencontre les hommes qui vivent sur des gisements d’or mais n’en toucheront jamais la manne : douaniers oubliés sur des frontières fantômes, paysans karakalpaks, marins des ports caspiens, cavaliers du pays sarmate, chasseurs d’antilope saïga, cheminots des lignes ferroviaires… Il campe les principaux axes du nouveau Grand Jeu dont la Caspienne est le théâtre, avec les tentatives de la Russie pour conserver sa présence dans la zone, les investissements européens, les opérations de mainmise américaines, les manœuvres kazakhes, les calculs azéris et les crocs-en-jambe iraniens. Il dévoile le décor physique peu connu dans lequel se livrent ces intrigues : plateau désertique de l’Oustiourt, falaise abrupte du Tchink, steppes du Mangichlak, lagunes d’Atyrau, flots caspiens, zone industrielle d’Aktau, champs pétrolifères d’Absheron. Les Russes ont vidé l’Aral de son eau. Qui videra la Caspienne de son or ? Sylvain Tesson, parfois rejoint par le photographe Thomas Goisque, a suivi au plus près les 1 762 kilomètres du BTC, de Bakou jusqu’au terminal de Ceyhan, en Cilicie. Il a rencontré les gardes à cheval qui surveillent l’ouvrage, les soldats géorgiens du SPSD, les ingénieurs des stations de pompage de montagne, les pompiers formés à la lutte contre les feux d’hydrocarbure, les archéologues chargés des fouilles sur le tracé du tube… Il a assisté aux travaux de recouvrement et de terrassement, navigué jusqu’à la jetée terminale, séjourné avec les moines orthodoxes, les paysans azéris, les ouvriers kurdes qui vivent dans le voisinage du BTC. Il a traversé les steppes azéris, les montagnes de Géorgie, les collines d’Anatolie, les vallées du Kurdistan, visité le réseau du barrage de l’Euphrate et achevé son périple dans les plaines subtropicales du sud de la Turquie. Une mosaïque de milieux naturels, que le BTC entaille de son tracé sinueux, tentant de contourner obstacles géologiques et zones à risques politiques. | 



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