Sébastien Jallade


Quartier de Barranco – Lima (Pérou)
Année 2012
© Omar Lucas
Journaliste et réalisateur, fondateur du site qhapaq-nan.org.

Prologue :


« J’ai trois nationalités : une mère argentine, un destin en langue française et une naissance en Amérique du Nord. Je suis parti pétri de convictions humanistes, de rêves d’aventure, de défis pleins de morgue, avec un désir de sincérité inaltérable pour ces pays. J’ai commencé à petits pas : tout était incertain, beau, exotique. Je le revois dans mes notes. Elles sont encombrées de réflexions naïves ou de questions inutiles. Puis les mois les assèchent, le rythme devient nerveux, le sentiment de perte s’accompagne de la certitude qu’aucune vérité ne surgira jamais au terme de ma route. J’ai terminé défait dans mes convictions. Les années ont usé la vanité de ce regard-là, plein de constructions toutes faites et de clichés éculés. Peu à peu se sont esquissés les véritables enjeux, le destin auquel les Andes sont soumises depuis des siècles, les mythes qu’on y façonne depuis si longtemps, l’or, les rêves d’ailleurs utopiques, les cases dans lesquelles l’Occident enferme les communautés andines. Ces mêmes communautés qui, ces dernières décennies, ont affronté l’exode rural, la perte des repères culturels et linguistiques, le conflit meurtrier et fratricide entre les forces armées et la guérilla du Sentier lumineux.
Aujourd’hui, la question reste inchangée. Les Andes, avec leurs chemins précolombiens et leurs communautés isolées, que sont-elles vraiment ? Un défi, mais pour quel voyage ? Une terre à convertir, mais pour quels missionnaires ? »


Extrait de :

Espíritu Pampa, Sur les chemins des Andes
(p. 15-16, Transboréal, 2012, 4e éd. 2014)


© Transboréal : tous droits réservés, 2006-2018. Mentions légales.
Ce site, constamment enrichi par Marc Alaux & Émeric Fisset, développé par Pierre-Marie Aubertel,
a bénéficié du concours du Centre national du livre et du ministère de la Culture et de la Communication.